Ouest France du 03 07 17
 
 
 

Travailler à distance, une idée qui gagne du terrain

 Encadrée par des règles vieilles de dix ans, la pratique du « télétravail » pourrait être abordée dans la réforme du Code du travail. Les partenaires sociaux font des propositions.

 Qui télétravaille ?

 Environ 8 % des travailleurs sont concernés, de manière régulière, par le télétravail, selon des études et enquête du ministère du Travail (Dares). La majorité (plus de 60 %) exerce chez eux. D’autres (21 %) dans des bureaux mis à disposition par leur entreprise. À l’échelle internationale, le retard de la France est patent, même si l’étude la plus récente remonte à 2009. Elle mettait en lumière que seulement 8,4 % des salariés français avaient télétravaillé plus de 8 heures dans le mois, alors qu’ils étaient 32,4 % en Finlande, 18,8 % en Allemagne et 17,7 % à l’échelle européenne.

Les vertus du télétravail

Le télétravail, c’est pourtant tout bon et pour l’entreprise, et pour le salarié, souligne le Commissariat général à l’égalité des territoires, dans une étude publiée en décembre 2015. Le salarié est plus productif, il est moins souvent absent, il pollue moins, car il se déplace moins, et son employeur fait des économies de locaux. Des chiffres ? Un salarié qui télétravaille, c’est 5,5 jours par an d’arrêt maladie en moins, une hausse du temps de travail de 2,5 %, une augmentation de la productivité de 22 %, une réduction de 40 minutes du temps moyen de travail domicile-travail et une hausse de 45 minutes du temps moyen de sommeil des salariés. C’est ce qu’indique l’enquête du cabinet de conseil RH Kronos. Le télétravail a aussi pour vertus de dynamiser et maintenir vivants des territoires exposés à la désertification : ceux qui travaillent chez eux s’impliquent dans leur village, leur quartier et y font leurs achats. Un bémol : il n’est pas toujours facile de séparer vie professionnelle et vie privée quand on bosse à la maison. Le travail a tendance à grignoter la vie privée. À l’inverse, en l’absence de collègues, le télétravailleur peut parfois se sentir isolé.
 

Remettre le sujet sur la table



Les règles qui régissent le télétravail sont restées inchangées depuis 2005. Il y a donc du pain sur la planche. Dans le cadre de la loi El-Khomri, les syndicats devaient s’attaquer au problème. Les discussions viennent de s’achever. Les syndicats ont remis à la nouvelle ministre du Travail, Muriel Pénicaud, un rapport dans lequel ils listent les évolutions nécessaires. Les partenaires sociaux suggèrent notamment de préciser que la législation sur les accidents de travail et de trajet s’applique aux télétravailleurs. Les syndicats plaident aussi pour que le télétravail puisse être décidé pour une durée déterminée. Surtout, grande nouveauté, les partenaires sociaux abordent « la zone grise du télétravail » : le télétravail « informel », qui se pratique sans qu’aucun accord n’ait été inscrit dans le contrat de travail entre le salarié et son patron. Il concernerait pourtant « de 16 à 20 % des travailleurs » , selon les partenaires sociaux, et a besoin d’être réglementé.



Carine JANIN.