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Déserts médicaux et numériques : la double peine

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GUILLAUME DE DURAT / Chargé de cours en Droit et Santé, Président des Université des Déserts Médicaux et Numériques  

 

 
La Panacée n’existe pas pour les déserts médicaux. Résoudre la fracture numérique en France serait indéniablement une des solutions.

Contrairement à ce que l’on lit ou entend, il n’y pas de solution miracle aux déserts médicaux . Preuve en est, depuis le temps que les communes, les patients, les Ordres eux-mêmes s’en inquiètent, si une panacée existait, cela se saurait.

 

Mais de quoi parlons-nous ? 
La définition de désert médical n’existe pas, cela semble étonnant, mais c’est ainsi. 
Le désert médical n’est pas forcément situé dans un territoire rural.
Le désert médical concerne à la fois des généralistes et des spécialistes.
Le désert médical n’est pas lié au fameux ” numerus clausus” puisqu’il n’y a jamais eu autant de médecins en France.

Si on croit le sondage qu’a fait le journal le Généraliste sur son site internet il y a quelques jours, 79 % des sondés pensent que le ” plan déserts médicaux” qu’Agnès Buzyn doit annoncer à la rentrée [ne sera pas] la solution aux problèmes d’accès aux soins dans les territoires”.

Relativisons pour plusieurs raisons : 
– La première est classique en termes de communication politique : nous ne sommes pas supposés connaître de manière exhaustive le plan qui sera (futur) annoncé en septembre par Agnès Buzyn… (La fameuse expression “ne tirez pas sur l’ambulance” est obsolète depuis le bombardement des hôpitaux en Syrie ou les attentats terroristes.)

 

– L’annonce d’un plan, quel qu’il soit, suscite la méfiance, la défiance des personnes impactées de près ou de loin. La France est un pays qui réclame des réformes (depuis des siècles), mais n’aime surtout pas le changement. Nous pouvons l’entendre, c’est pour cela qu’il faut développer de plus en plus d’études d’impact, pré et post adoption des textes.

L’inconvénient en phase de test sur certains territoires (la création des “territoires” est un obstacle à la résolution du problème) et que, comme dans les études cliniques randomisées versus placebo, il y a perte de chance pour ceux qui reçoivent le lactose et le sucre sans la molécule…

– Tout comme la cause est multifactorielle, la solution pour les déserts médicaux est multiple : il y a plusieurs solutions qui impliquent le consentement, l’adhésion (et non forcément la coercition) de milliers de professionnels de santé, directeurs d’hôpitaux, personnel médical, administration aussi ne l’oublions pas… mais aussi les Syndicats et les Ordres et – comme nous développons la démocratie sanitaire – avec la sérénité de Casques bleus au Rwanda, les associations de patients.

C’est très français de vouloir construire des murs avant de penser à ce que l’on va y mettre à l’intérieur. Ceci a été fait pour ceux avec l’IRCM (devenu) ICM, le prestigieux institut de recherche sur le cerveau basé à l’hôpital de la Pitié Salpétrière… On a construit les murs. Puis il s’est avéré que finalement le bâtiment était trop petit… avant de l’agrandir (et par chance c’était possible).

Partant de ce comportement, l’idée de construire des MSP (Maisons de Santé Pluridisciplinaire) dans les communes s’est propagée dans l’esprit de certains élus afin de faire venir des professionnels de santé… Las. Il suffit de regarder les constats dans la presse régionale pour s’apercevoir que ces maisons sont vides… Les murs ne suffisent pas et les initiateurs ne comprennent pas.

En réalité, une des pistes qui doit être absolument abordée est la résolution de la fracture numérique de nos territoires. La triste position de la France en termes d’accès au numérique parmi les pays européens (26e) rend la question des déserts médicaux encore plus accrue. Surtout en santé,

Notre pays favorise l’émergence des start-ups de l’e-santé, ces entreprises parviennent à lever des fonds, obtiennent des Awards à Las Vegas et dans le monde entier. Mais ne pourront se développer pratiquement – et donc avoir une viabilité financière – sur le sol français (le terme territoires n’est vraiment pas adapté) s’il n’y a pas de réseau partout.

Et peu importe que ce soit un réseau mobile ou filaire, le THD (Très haut débit) est-il une priorité lorsque l’on ne capte pas la 3G dans beaucoup de villages, ou pas de signal du tout ? L’association des déserts numériques aux déserts médicaux est une idée relevée il y a plus de deux ans…

Depuis longtemps se succédaient Santé et Numérique dans les programmes de colloques tous plus prestigieux les uns que les autres… mais habitant d’une zone rurale, patient, mais heureux propriétaire d’un smartphone, force était de constater qu’à Paris tout allait bien, mais qu’en revanche, même pas si loin la technologie était bloquée par l’absence de canaux comme le constatait il y a peu encore avec une plus belle métaphore Olivier Robichon dans Prescrip-tion Santé (vendredi 30 juin 2017 n° 1134).

Le 31 mai dernier, les sénateurs Maurey et Nicolay ont rendu un heureux rapport qui associait effectivement (et enfin) ces deux fractures. Ce rapport hélas, n’a pas eu les retombées d’un roman de Goncourt et c’est dommage.

Ainsi, il convient urgemment de travailler sur la résolution de la pénétration de l’e-santé, santé numérique, télémédecine ou objets connectés dans les endroits qui aujourd’hui ne disposent pas d’une couverture réseau pour bénéficier de ces avancées qui – même si la Haute Autorité de Santé n’a pas fini de travailler sur leur évaluation – ne manquent pas, loin de là d’un intérêt évident pour les patients et les professionnels de santé.

Nous ne parlerons pas d’incitations financières pour l’installation des médecins de campagne, de numerus clausus, etc. : ces éléments de discussion sont la prérogative des Autorités, des Ordres professionnels, des Syndicats, des ARS et autres parties prenantes.

La question du très haut débit et des problèmes de réception de 110 chaines et Netflix n’est pas l’urgence non plus en matière de santé (même si c’est un réel sujet pour le consommateur qui paie un abonnement non ajustable). Non… juste à partir de quelle intensité de signal peut-on contacter les urgences ? Permettre l’hospitalisation à domicile, monitorer, surveiller, prévenir, communiquer, échanger.

Car un médecin qui a choisi d’être généraliste (ce qui est la plus belle des spécialités), tout dévoué à sa vocation, voudra-t-il ne pas pouvoir communiquer avec un confrère sur une plateforme, ne pas pouvoir se former à distance, ne pas pouvoir participer ou faire participer des IDE à la télémédecine?

A-t-on si peur de l’e-santé ? L’auteur de cet article ne cesse de répéter que le numérique en santé est un formidable outil de décloisonnement et d’égalité d’accès aux soins. En revanche, l’ordinateur ne prêtera jamais le serment d’Hippocrate.

 

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