En zone Blanche Le Gast se meurt…

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En zone Blanche Le Gast se meurt…

Les Anglais en raffolent. Le Bocage virois, ses murs de grès épais, ses méandres escarpés. Et son calme inégalable. Au Gast, à 20 km de Vire, pas de danger d’être dérangé par les sonneries criardes du téléphone portable : la commune est en zone blanche. Personne ne veut des trois logements municipaux à la peinture fraîche. 200 €, électricité comprise, le loyer n’est pourtant pas très élevé.

« Mais quand on précise que ni le téléphone portable, ni le haut débit ne passent, les gens reculent »,

constate Jean-Luc Bazin, le premier adjoint. L’agriculteur ne les blâme pas.

« Vous connaissez un jeune qui peut se passer d’un portable aujourd’hui ? »

Les habitants, plus d’un tiers de retraités, sont bien obligés de faire avec, eux.

Les poules peuvent téléphoner

Le réseau Orange reste muet.

« Par endroits, avec Bouygues, on arrive à capter un peu »,

assure sa voisine, Martine Eude. La démonstration de son portable à clapet n’est pas des plus convaincantes.

« À la mairie, dehors, c’est bon. Dans le bourg, il n’y a rien. Près de l’église, ça dépend… »

Les soucis sont légion.

« J’ai des champs à 3 km de la ferme. Quand un vêlage se présente mal, je ne peux pas appeler le vétérinaire. Parfois, chaque minute compte »,

raconte l’agricultrice.

« Chez moi, dans la maison, rien ne passe,

déplore Reine Eude, conseillère départementale et maire du village.

Il n’y a que dans le poulailler qu’il y a du réseau. J’ai hésité à y installer mon bureau ! »

Pour joindre madame le maire,

« le plus rapide, c’est d’aller la voir »,

rigolent les habitants. Un habitué du Gast a pris l’habitude de sauter dans sa voiture pour parcourir les centaines de mètres qui le séparent de la civilisation et consulter les messages de son répondeur. Les sinistrés du XXIe siècle ont la mobilité facile. L’an prochain, installé près du nouveau parking de l’Église qui sera inauguré à la fin du mois, un pylône devrait permettre de retrouver l’espoir.

« La reconnaissance du statut de zone blanche a permis de toucher 100 000 € »,

explique Jean-Luc Bazin. La commune y sera quand même de sa poche, mais c’est le prix à payer pour profiter de la téléphonie mobile. Pour Internet, il faudra encore patienter : la fibre optique, arrivée dans le bourg, attend qu’on s’intéresse à elle pour être reliée aux habitations. L’enjeu est crucial pour la municipalité.

« Il n’y a pas de travail ici, pas de commerce, pas d’école. Pas beaucoup d’avenir. Le Gast se meurt »,

constate Martine Eude. Le village, au temps où il résonnait des bruits de la carrière voisine, a compté jusqu’à cinq bars et un millier d’habitants. Ils ne sont plus que 200 aujourd’hui. Pas un bébé n’y a poussé ses premiers cris depuis douze ans.

Stéphanie SÉJOURNÉ-DUROY  – Ouest-France – https://www.ouest-france.fr/normandie/allo-allo-mon-village-se-meurt-5255534

 

 

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