Avis d’expert : Malgré la montée en puissance des déploiements très haut débit, l’UFC Que Choisir constate dans une étude les profondes inégalités de qualité de service selon l’endroit où on habite.

Source : https://www.quechoisir.org/action-ufc-que-choisir-transition-vers-le-tres-haut-debit-l-inadmissible-amplificateur-de-la-fracture-numerique-n46732/

Article mis à jour à 17h

Internet des villes contre Internet des champs : l’opposition est connue depuis longtemps avec d’un côté des citoyens qui bénéficient d’un accès de qualité, c’est à dire rapide et de l’autre, des foyers qui subissent une connexion moyenne voire famélique.

 

La montée en puissance des déploiements de réseaux très haut débit : fibre optique, VDSL 2, câble et la volonté farouche du gouvernement de proposer ces accès confortables à tous pour 2022, permet-elle de lisser ces différences et d’apporter une vraie qualité de service là où elle est absente ?  De remplir cette fameuse mission d’aménagement du territoire et d’accès aux outils numériques, indispensables dans la vie quotidienne ? Pas vraiment ou du moins pas encore, selon une large étudecommandée par l’association UFC Que Choisir.

L’introduction donne le ton : “le déploiement des réseaux de nouvelle génération (fibre optique, câble…), loin d’améliorer la situation des laissés-pour-compte du numérique, creuse les inégalités. Identifiant que le déploiement et les modalités d’exploitation des réseaux en fibre optique risquent de se traduire par une forte hausse des abonnements à Internet, l’UFC-Que Choisir exige des pouvoirs publics un changement de cap pour permettre à tous les consommateurs d’accéder à brève échéance à un Internet financièrement abordable et de qualité”.

Concrètement, selon cette étude, 11,1 % des consommateurs (soit 7,5 millions) sont inéligibles à un Internet de qualité, c’est à dire dont le débit descendant est supérieur à 3 Mb/s. “Cette exclusion numérique frappe majoritairement les plus petites communes de France. Ainsi, dans les communes de moins de 1000 habitants, moins des deux tiers de la population a en moyenne accès à Internet dans de bonnes conditions alors que c’est le cas pour au moins 86,8 % des consommateurs dans les autres zones”, peut-on lire.

 

Comme on pouvait s’en douter : ceux qui bénéficient en premier des réseaux THD sont ceux qui bénéficiaient déjà d’un bon ADSL, à savoir les habitants des grandes villes, les zones les plus rentables pour les opérateurs. “Preuve en est, le meilleur du très haut débit est accessible pour moins de 1 % des habitants en Creuse ou en Dordogne, alors qu’il l’est pour plus de 90 % des habitants à Paris ou dans les Hauts-de-Seine”.

“On constate que la probabilité qu’une part élevée de la population d’une commune soit privée d’un Internet de qualité est d’autant plus importante que le nombre d’habitants de cette commune est faible. Ainsi, dans les communes de moins de 1 000 habitants, plus d’un tiers d’entre eux n’ont pas accès à un Internet de qualité. Il ne s’agit pas d’une problématique touchant un faible nombre de citoyens : ces communes représentent près de 75 % des communes de France et 15 % de la population”, assène l’association. 

 

 

Et de poursuivre : “seulement 2,9 % des personnes habitant dans des communes de moins de 1 000 habitants peuvent accéder au meilleur du très haut débit. La situation reste particulièrement problématique pour les communes qui ont entre 1 000 et 4 999 habitants avec un accès à des offres proposant plus de 100 Mbit/s pour 7,1 % de leurs habitants. La situation n’est pas bien plus enviable pour les communes qui ont entre 5 000 et 9 999 habitants, ce taux se montant à seulement 12,7 %. Pour avoir plus d’une chance sur deux d’avoir accès à une offre très haut débit réellement qualitative, il est nécessaire de vivre dans l’une des 124 communes de plus de 50 000 habitants !”

Dans 16 départements, plus de 20 % des habitants ne sont éligibles à aucune offre Internet haut débit ou seulement à une offre ne permettant de disposer que d’un débit inférieur à 3 Mbit/s. Un classement des 10 départements où cette part est la plus forte montre que le département dont les habitants sont le plus dépourvus d’une réelle connexion à Internet est la Meuse (31,8 %) suivi par la Guyane (29,8 %) et la Creuse (28,9 %) qui complètent un podium peu enviable.  

 

L’UFC se dit par ailleurs sceptique (euphémisme) quant aux objectifs de couverture du gouvernement, même en appliquant le fameux mix technologique. “Outil principal des pouvoirs publics, le plan France Très Haut Débit vise à couvrir en 2022 100% de la population en THD, dont 80% en FttH. Si le premier objectif est incertain (avec seulement 49,7% de la population couverte en très haut débit début 2017), le second est, lui, tout simplement illusoire. En effet, notre étude montre que le déploiement actuel des réseaux ne permettrait de l’atteindre qu’en 2035, soit avec 13 ans de retard. Si des efforts supplémentaires en investissement des opérateurs, de l’Etat ou encore des collectivités territoriales pourraient rapprocher cet horizon, l’objectif d’une très large couverture en FttH dès 2022 reste toutefois purement chimérique”.

Pour l’association, “le retard dans le déploiement des réseaux en fibre risque d’augmenter le prix de l’ensemble des abonnements du marché. En effet, afin de hâter la construction de ces réseaux, des voix s’élèvent pour réclamer des mesures qui aboutiraient mécaniquement à la hausse des prix des abonnements ADSL dans les zones où des offres FttH sont disponibles. Or, les offres ADSL constituent sur le marché de l’Internet un pivot tarifaire qui limite la capacité des fournisseurs d’accès à Internet d’augmenter les tarifs sur la fibre. Dès lors, toute hausse de leur prix affecterait l’ensemble des offres Internet, quelle que soit la technologie”.

 

D’autant plus que les offres fibre sont mécaniquement plus chères que l’ADSL. “Notre étude montre que le coût d’accès pour un opérateur au réseau d’un concurrent est jusqu’à deux fois plus élevé pour la fibre que pour l’ADSL, ce qui pourrait porter à 40 euros le prix de base d’un abonnement Internet (un tiers de plus qu’aujourd’hui) ! Les factures pourraient être encore plus salées si la concurrence devait être durablement limitée, comme le laisse entrevoir la position dominante d’Orange sur le marché du FttH (70,6 % des réseaux, et 66,5 % des abonnés)”.

“En considérant qu’il veuille conserver sa marge (en valeur) et que ses coûts propres sont constants (hypothèse prudente), il ne pourra pas facturer une offre FttH sur le marché de détail à moins de 40,54 euros ! En jouant un peu sur sa marge pour proposer un tarif à prix psychologique, il vendra son offre à 40 euros, soit un tiers de plus que son offre ADSL”, peut-on lire.

 

Face à ce constat, l’UFC demande au régulateur de mener une analyse prospective sur l’évolution à long terme des tarifs d’accès à l’Internet fixe au regard des coûts de déploiement et d’accès aux réseaux FttH ainsi que de l’évolution du coût d’accès à la boucle locale cuivre (ADSL). Et au gouvernement, d’orienter en priorité ses financements dans les réseaux de l’Internet fixe dans les zones aujourd’hui dépourvues d’un Internet de qualité, et dans l’attente de l’analyse de l’Arcep, de ne mettre en place aucune mesure de hausse du tarif de la boucle locale en cuivre visant à inciter les consommateurs à souscrire une offre en fibre optique. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.