Source : Ouest France 

Pour la Bulgare Mariya Gabriel, commissaire européenne, l’année 2018 sera déterminante. En matière d’éducation, de cybersécurité, de réalisation du marché unique numérique.

Entretien

Tous les géants du Web sont américains ou chinois. Embarrassant pour les Européens, non ?

C’est la première fois que l’Europe n’est pas à la pointe d’une révolution technologique. Seules 4 % des plateformes sont européennes. Mais, au lieu de perdre du temps à copier Google et Netflix, il faut aider nos entreprises à garder leur force et à grandir.

Quelles sont les urgences ?

L’Europe n’a aucun supercalculateur parmi les dix premiers au monde. Nous avons perdu ce train, depuis 1995. La Commission veut y remédier d’ici à 2022-2023. Ce sont des enjeux concrets : prévention des maladies, des séismes, analyse du changement climatique. Une grande partie des données se trouvent hors d’Europe. Or, les chercheurs en ont besoin. Si on veut éviter une fuite des cerveaux, on a besoin de plus de 300 000 spécialistes.

Contenus illicites, discours de haine, racisme… Comment mettre fin au Far West sur le Net ?

Nous avons adopté un code de bonne conduite avec les grands opérateurs. Mais après 48 heures, 28 % des contenus illicites ne sont toujours pas retirés. Or, on sait que la propagande terroriste, par exemple, touche le public surtout dans les deux heures suivant la publication.

Donc on arrive toujours trop tard.

Avec Europol, on a obtenu de bons résultats sur les contenus terroristes : 90 % sont enlevés dans les 24 heures. Mais les plateformes doivent agir, avec des outils de détection plus rapides. D’ici à mai 2018, si les mesures prises ne sont pas suffisantes, on se réserve le droit d’intervenir.

L’éducation au numérique fait aussi partie de vos priorités…

Le défi est énorme. Dans un avenir proche, 90 % des emplois vont exiger des compétences numériques de base. En 2018, nous lançons une grande initiative, avec des stages transfrontaliers de cinq mois pour des étudiants non spécialistes.

Beaucoup de gens subissent encore la fracture géographique en matière d’accès au numérique. Que leur dites-vous ?

76 % des ménages européens ont une couverture décente, mais cela tombe à 40 % dans les zones rurales. Notre objectif, c’est de rendre ce marché fonctionnel d’ici à fin 2018. Il faut se dépêcher. Pour les PME c’est vital. Les États membres doivent être sensibilisés. L’enjeu, c’est notre place en tant que leader mondial.

Recueilli par Laurent MARCHAND.