Evitons que la fracture numérique ne se double d’une nouvelle fracture sociale

Internet Haut débit pour tous !

Evitons que la fracture numérique ne se double d’une nouvelle fracture sociale

Source : Les Echos

Gilles Djeyaramane / Contributeur  

Résultat de recherche d'images pour "images très haut débit" Un épisode neigeux a partiellement paralysé l’activité économique et sociale de notre pays ces derniers jours. Services de ressources humaines et salariés eux-mêmes ont fait preuve d’imagination : journée de congés, travail à temps partiel et surtout télétravail… L’occasion de rappeler que notre pays accuse encore un retard en matière d’accès au Très Haut Débit.

 

Si le télétravail constitue un sujet d’actualité, sa mise en place à marche forcée ces derniers jours a été l’occasion de passer en revue ses forces et faiblesses, ravivant les passions autour de son instauration et de sa pérennisation… Quelle que soit la teneur des débats à venir, la question de la fracture numérique notamment au travers du prisme du déploiement du Très Haut Débit (THD) dans nos territoires, condition essentielle à un télétravail efficient, doit être au centre de l’attention des pouvoirs publics.

Un déploiement hétérogène

Permettre à tous les Français d’accéder à Internet de façon satisfaisante et à haut très débit (THD) est une préoccupation des gouvernements français qui se sont succédé ces dernières années. Si le déploiement du THD par fibre optique constitue la panacée, d’autres approches coexistent : montée en haut débit (solution transitoire consistant à améliorer le réseau existant), 4G ou mode par satellite, etc. De façon schématique, afin de parvenir à une couverture de l’ensemble du pays (à horizon 2022 dans le plan initial, 2020 d’après les annonces du Président), l’État a fait le choix de diviser les territoires en deux zones distinctes. Une première dans laquelle le déploiement est placé sous la responsabilité de grands opérateurs souvent historiques, et une seconde zone d’initiative publique (en général des zones rurales) pour lesquelles les collectivités locales sont responsables du pilotage de l’accès au THD.

Prenant à bras-le-corps cette compétence, certains territoires, à l’instar des Yvelines, mènent une politique volontariste et relativement cadencée. En revanche, malheureusement, il apparaît que les élus d’autres collectivités locales souvent rurales ne sont pas toujours convaincus de la pertinence stratégique de ce déploiement. Un profond déficit de culture en matière de nouvelles technologies prédomine parfois. En effet, étonnamment, il existe encore des élus qui ne mesurent pas l’impact du THD sur l’activité et l’attractivité de leurs territoires, ou simplement qui considèrent l’univers Internet comme “une mode qui passera” (sic). Cette situation pourrait expliquer le peu d’empressement de certaines collectivités à s’investir dans ce dossier. Conscients de cette situation, experts et conseillers ministériels plaident pour l’affichage d’une date butoir, date à partir de laquelle l’État reprendrait la main et imposerait des opérateurs ainsi qu’un calendrier de réalisation. Bref, un ultimatum sur le numérique qui serait salutaire à plusieurs territoires et à leurs habitants.

Une ségrégation numérique aux conséquences multiples

Si une part de la population ne ressent pas le besoin d’un accès à Internet et au Très Haut Débit, une autre partie de la population, qui en est dépendante professionnellement, y voit une forme de ségrégation économique. Le désarroi des citoyens en zone sous-dotée est compréhensible. Comment gérer le télétravail occasionnel ou permanent ? Comment, lorsque l’on est commerçant, commander des marchandises et honorer ses engagements auprès de ses clients au niveau local ? Que dire lorsque l’on est concessionnaire automobile, par exemple, et qu’il est difficile de se procurer des pièces détachées en temps réel ? Comment lorsqu’on est auto-entrepreneur ou prestataire de service assurer le suivi de sa relation client ?

 

Comment télétransmettre ses données à l’Assurance Maladie ou à des mutuelles lorsque l’on est un professionnel de santé isolé ? Ce sont de centaines, voire des milliers d’opérateurs économiques, lassés d’attendre un accès au Très Haut Débit qui se disent prêts à “jeter l’éponge”, et ce, dans ces zones souvent déjà économiquement sinistrées. Bref, une vraie bombe économique à retardement. Mais pire est certainement le sentiment de ségrégation culturelle et intellectuelle ressentie par la population lorsque la jeunesse des grands espaces urbains s’ouvre elle virtuellement sur le monde via Internet et les réseaux sociaux, alors que celle des zones rurales numériquement défavorisées est encore condamnée à l’isolement.

Conscients de ce décrochage, certains reprochent aussi au “pouvoir parisien” son manque d’intérêt pour la province, “la France profonde”. On comprend facilement que ce type de ressentis puisse alimenter un terreau parfois propice à une rhétorique populiste, voire nationaliste. Enfin, autre type de ségrégation loin d’être anecdotique, celle géographique, la plus violente quand les enfants et petits-enfants refusent de se déplacer en zone rurale, car “chez mamie tout le monde le sait, Internet ne fonctionne pas”. Depuis plusieurs jours, la magie des réseaux sociaux nous donne l’occasion d’apprécier une interview de Marguerite Duras qui, visionnaire dans les années 1980, s’inquiétait du risque que le citoyen du futur ne soit noyé sous un flot continu d’informations. Paradoxalement, si c’est le cas de nombreux Français, cela n’est certainement pas encore le cas dans nombre de territoires numériquement isolés de la République.

 

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