Réseaux : Une déclaration de la secrétaire d’Etat à l’économie, Delphine Geny-Stephann, suscite pas mal de remous au sein de l’écosystème des acteurs de la fibre, notamment régionaux.

En matière d’infrastructures d’avenir, les opérateurs télécoms ont avant tout besoin de stabilité et de visibilité afin de programmer leurs (lourds) investissements. Or, en matière de très haut débit, la position du gouvernement semble évoluer tous les six mois.

 Au départ, les choses étaient assez claire : proposer du très haut débit à tous principalement à travers la fibre optique jusqu’à l’abonné. Puis est apparu le concept de “mix technologique” qui vise à déployer des technologies alternatives (4G fixe, VDSL, satellite) en attendant la fibre dans les zones les moins accessibles, les moins peuplées, les plus rurales. Une approche qui suscite l’inquiétude des élus locaux et des acteurs des réseaux d’initiatives publiques.
Ensuite, le gouvernement a mis en avant l’objectif d’un “bon haut débit pour tous” avant la généralisation du très haut débit, afin de calmer les impatiences. De quoi ajouter à la confusion. Confusion aujourd’hui renforcée par la sortie de la secrétaire d’Etat à l’économie, Delphine Geny-Stephann, dans un entretien au Monde.

Une phrase suscite la polémique : “choisir la fibre sur 100% du territoire et donc dans les zones les plus reculées me semble prématuré”. Traduction, les zones rurales et pas seulement les plus reculées ou les moins accessibles peuvent cesser de rêver, les technologies alternatives au DSL ne seront pas provisoires, il faudra en gros s’en contenter pour améliorer la couverture et les débits. Pas franchement enthousiasmant à l’heure de la transformation numérique des entreprises et surtout des PME qui rappelons-le ne sont pas toutes en zones denses…

La déclaration est d’autant plus difficile à comprendre que les régions, les collectivités en dehors des zones denses et moyennement denses se sont mobilisées pour la fibre à travers nombre de DSP et de RIP. S’agit-il d’un nouveau renoncement, d’un retour en arrière ?

“C’est le choix qu’ont fait de très nombreux départements et régions, qui ont conclu des marchés publics en ce sens, avec un objectif de couverture intégrale dans des échéances réalistes (de 2019 à 2025 suivant les cas). Quant à la commercialisation, elle atteint dans certains secteurs très ruraux des taux de pénétration à faire pâlir d’envie n’importe quel opérateur déployant du FttH dans les grandes villes. Il ne s’agit donc pas d’un gouffre financier, mais d’une volonté réaliste d’assurer la cohésion territoriale dans des délais raisonnables” s’étonne ainsi l’association Avicca qui dénonce “un poisson d’avril”.

“Ce renoncement du gouvernement, s’il devait se confirmer, signifierait simplement que l’Etat laisserait les autres départements et régions, qui ont choisi des modes de déploiement en plusieurs phases, sans financement national pour achever leur couverture territoriale, contrairement aux engagements pris en juillet 2017 par Jacques Mézard d’inscrire le Très haut débit dans le plan d’investissement de 50 milliards d’euros. Ce signal négatif crée une inquiétude supplémentaire, après la fermeture – pardon la suspension – du guichet du Plan France THD, la relance du cuivre par le tandem Orange / Etat, l’AMEL qui vient complexifier les projets des RIP, le guichet Cohésion numérique qui pourrait se traduire par un reniement de l’Etat à honorer sa signature des décisions de financement”, poursuit-elle…

Et d’asséner : “Le gouvernement devrait éviter les assertions hors-sols et parler d’une seule voix : celle de l’ambition pour le numérique et pour la cohésion des territoires”. 

De son côté, l’AOTA, association qui regroupe des opérateurs fibre régionaux dénonce un “propos irresponsable (qui) ruine à lui seul tous les efforts entamés depuis plus de dix ans par les gouvernements successifs, élus locaux, parlementaires et opérateurs qui se sont accordés pour défendre de façon trans-partisane une certaine idée de l’aménagement numérique en mettant en place l’ambitieux plan FranceTHD : l’accès égalitaire au Très Haut Débit par le biais de la Fibre Optique pour l’ensemble des foyers et entreprises du territoire avec quelques compléments de couverture par le biais d’un mix technologique réalisé à la marge pour les zones reculées (zones montagneuses ou habitat rural isolé)”.

L’association rappelle que seule la fibre optique peut répondre aux besoins actuels et futurs des entreprises : “de toute évidence, le risque est qu’une France à deux vitesses ne devienne la réalité alors que les Réseaux d’Initiative Publique – s’ils nécessitent parfois des ajustements – démontrent toute leur pertinence sur le terrain avec une diversité d’opérateurs et d’offres de services”.

Les acteurs en présence sont donc encore une fois dans l’expectative, soit le pire des scénarios, et demandent donc une nouvelle fois, des précisions et des confirmations de la part d’un gouvernement de moins en moins audible sur la question.

 

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