Dans un article paru sur Ouest France le 16 avril 2018 , le Conseil Départemental annonce le raccord au très haut débit de tous le département dès 2021, moyennant une rallonge budgétaire particulièrement conséquente. Qu’en est-il vraiment ? voici notre analyse qui semble confirmer que les zones blanches seront servies en dernier  – et probablement pas du tout, mais contribueront à financer le projet qu’au profit des zones moyennement denses !

 

L’article Ouest-France du 18/04/18

Lancé en 2021, le chantier du tout numérique dans le département ne devait aboutir qu’en 2031. Il faudra dix ans de moins. Avec une rallonge de 5 Millions d’euros. Le département la votée hier. 

L’opposition (de gauche) a pris le soin de s’abstenir sur ce vote. Mais elle a globalement reconnu qu’elle était en phase avec la décision prise par le conseil départemental du Calvados, lundi à Caen

Notre analyse 

 

L’Art de la conjugaison et la maîtrise des mots : « En 2021, tous les Calvadosiens pourront se raccorder à la fibre optique » Il est donc de la responsabilité des usagers de vouloir se connecter ou non avec un fournisseur d’accès qui n’est pas précisé ! Or, pourquoi Orange, Bouygues, SFR ou Free viendraient-ils sur ce réseau alors qu’ils refusent depuis le début du déploiement de la fibre par Tutor puis par Covage ?

« Il faudra dix ans de moins » Mais par quelle magie un retard de plus de trois ans actuel  va-t-il  se transformer en un rattrapage de plus de dix ans sur les prévisions ?

Ne serait-ce que pour éviter une fracture numérique, voire “que les petits villages  ne se désertifient un peu plus, avance Eric Vève (PS ) ou ressentent un sentiment d’abandon”.

 

 

Accélérer le processus

De quoi parle-t-on ? De ce dossier qui revient en boucle à quasi chaque séance plénière de l’assemblée départementale : de celui du déploiement de la fibre optique sur le territoire. Que doit-on retenir  de cette séance : que les élus départementaux ont voté un avenant devant permettre à tous les Calvadosien de pouvoir se raccorder à la fibre (accès très haut débit à internet) dès la fin de l’année 2021. 

Monsieur Vève les villages en zones blanches sont victimes de la fracture numérique ET et de l’abandon du conseil départemental lui-même  : le RIP du Calvados prévoit de les servir en dernier !  (ou pas). Vous avez bien fait de vous abstenir de voter ! La fracture numérique existe ici depuis longtemps et s’amplifie et en effet accroit la désertification rurale, de jeunes couples refusent de s’installer à cause de l’absence de réseau de qualité, des gites et chambres d’hôtes ne peuvent offrir de WIFI à leurs clients , le réseau mobile passe mal.  Nous invitons les acteurs du conseil départemental à venir travailler une journée dans ces zones pour constater à quel point c’est “pénible”. Le député Bouyx qui a fait sa campagne dans le village de  Crouay a reconnu que la situation était intenable tant l’accès à internet y est mauvais. 

 

Ils ont voté un avenant devant permettre à tous les Calvadosiens de pouvoir se raccorder à la fibre » Du Coluche dans les termes ! On pense que cela pourrait marcher ! Nous en sommes arrivés à une forme de croyance. Mais est-ce suffisant pour réussir un tel projet ?

 Cela alors que le chantier lancé dès 2012 ne prévoyait la chose possible qu’à l’horizon 2031. Un délai impossible à tenir étant donné l’évolution des technologies  et des besoins actuels, notamment dans les domaines de l’Education et du maintient des personnes à domicile. 

 

Dans la délégation de service publique initiale, nous étions en 3 phases de déploiement explique Jean -Léonce Dupont, président du conseil départemental  du Calvados. Aujourd’hui, on sent bien la demande de tous les acteurs (les particuliers, les acteurs économiques, hospitaliers…). Nous avons donc voté cet avenant pour accélérer le processus.   

Le maintient des personnes à domicile concerne en priorité les zones blanches ! ce sont bien ces villages isolés où vivent des personnes âgées n’ayant pas les moyens d’aller en EPHAD (situés en agglomération moyenne , en “ZMD”)  ! Tous les arguments y compris les plus cyniques sont bons pourvu que le projet soit voté alors que les zones blanches en sont exclues ! 

A-t-on vraiment demandé aux « acteurs » comme il est dit ? Jamais il n’y a eu d’enquête de besoins, d’enquête de terrain. On a apporté la fibre à des secteurs déjà bien dotés qui ne la souhaitent pas pour le moment. Qui a décidé ces trois phases initiales ?

On va accélérer un processus qui ne fonctionne déjà pas. Il est sûr que l’on va rentrer dans le mur à une plus grande vitesse.

 Cette accélération aura un coût : 5 millions d’Euros en plus pour la collectivité (30 Millions contre 25,2 Millions prévus à l’origine). Le coût de l’investissement porté en majorité par le Délégataire, s’élève à près de 400 Millions d’Euros. Tout est ici question de possibilité de raccordement et de construction d’armoires de raccordement permettant à n’importe quel opérateur  de proposer ses services à tel ou tel client.

Reste à savoir quel sera le bilan de la commercialisation de ce réseau une fois qu’il sera opérationnel : autrement-dit : tous ces efforts sont-ils en adéquation avec le territoire ? Pour la majorité départementale, la réponse, on l’aura compris, est bien plus que positive.

OF du 16/04/18 Benoit Lascoux   

Voilà enfin la réponse ! Des armoires seront construites ! Et oui ! Orange attend ces armoires depuis plusieurs années ! Que n’y avons-nous pensé avant ! Quelle offre sera faite à Orange, Free, Bouygues et SFR pour accepter ce qu’ils refusent depuis toujours ? Une nouvelle rallonge budgétaire ? La Caisse des Dépôts est déjà passée par là et donc nos impôts continueront  à financer.

 

La question finale est très préoccupante «  quel sera le bilan de la commercialisation de ce réseau une fois qu’il sera opérationnel ? » Autrement dit, va-t-on devenir le premier département de France pour la pose de prises internet. Score, oh combien pertinent si très peu  de ces prises sont  connectées au final chez un usager.  Comment, d’un seul coup, par exemple, les 60000 prises déjà connectables vont-elles se vendre ? Nous voilà encore partis pour quatre ans d’interrogations, et d’attente sans aucune assurance de réussite. Mais une dépense, elle qui est réelle.

 

 

Et, pour justifier nos propos, voici la définition des armoires de raccordement, avec un schéma (Source Orange collectivité) qui prouve que les zones blanches ne rentrent pas dans le cadre du projet, les villages pour la plupart ayant moins de 500 habitants : ne soyons pas dupes, cette stratégie (imposée par orange dans son propre cahiers des charges pour les collectivités  – à télécharger ici)  ne concerne que les villes de tailles moyennes et suffisamment urbanisées. 

PM dans les Zones Moins Denses (ZMD)

Dans ces zones, on utilise de manière générale des PMZ (Point de Mutualisation de Zone) d’une capacité d’au moins 1000 lignes.
Ces armoires permettent de raccorder un ou plusieurs quartiers entiers.

On peut également utiliser des armoires d’au moins 300 lignes lorsque l’opérateur d’immeuble propose une PRDM (Point de Raccordement Distant de Mutualisation) d’au moins 1000 lignes. Dans ce cas, le PM sera encore plus loin des logements, parfois à l’intérieur même du NRO. (Noeud de raccordement optique)

Un dessin vaut mieux que des mots :

 

 

Le collectif cœur de fibre vous invite à rester vigilant et à nous faire remonter toutes les informations sur ce sujet dans le département. Nous avons d’ailleurs commencé le compte- à rebours jusqu’en 2021. Il ne peut y avoir un projet aussi dispendieux sans regard et contrôle de la réussite ou des échecs dudit projet.

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