Source : https://www.lopinion.fr/edition/economie/territoires-medef-doit-s-occuper-toute-cordee-147364

Plusieurs présidents de Medef territoriaux et régionaux mettent en avant le risque de fracture entre les métropoles et le reste de l’hexagone. Ils demandent la mise en place d’une vraie politique d’infrastructures

 
Geoffroy Roux de Bézieux.

Geoffroy Roux de Bézieux.
© Sipa Press

A la faveur d’une croissance plus solide, la France semble enfin sortir la tête de l’eau sur le front de l’emploi. Le recul du chômage de masse, que pointent les dernières statistiques du marché du travail, est évidemment très encourageant. D’autant que l’amélioration de l’emploi dans le secteur marchand se lit non seulement dans les chiffres bruts (+ 268 800 créations de postes l’an dernier) mais comporte une dimension plus qualitative, avec l’augmentation nette des CDI (+14 %).

S’arrêter à ces bonnes nouvelles serait malgré tout une erreur ! Car si le taux de chômage connaît une première décrue, de très fortes disparités entre les territoires subsistent encore. La réalité est cruelle pour notre pays : l’emploi se crée essentiellement dans les dix plus grandes métropoles françaises. Sur le reste du territoire, où la population active est faible, ou en déficit d’activité, sous l’effet de la désindustrialisation marquée de ces quinze dernières années, le taux de chômage reste à un niveau trop élevé.

Si l’on ne corrige pas le tir très vite, ces disparités territoriales pourraient encore se creuser. Pourquoi ? Tout simplement, parce qu’elles vont de pair avec un mouvement de métropolisation de l’activité, liée à la montée en puissance de l’économie de la connaissance, qui favorise elle-même une concentration des talents dans les régions les plus attractives. L’Ile-de-France représente ainsi à elle seule près de la moitié des créations d’emplois des métropoles de l’hexagone… Pour résumer la situation, avec une métaphore bien connue : les métropoles vont bien parce qu’on y trouve les premiers de cordée. Le problème c’est que la cordée justement ne fonctionne pas correctement : une cordée efficace doit être solide du premier au dernier grimpeur, chaque alpiniste y tenant un rôle clé tant pour permettre d’atteindre le sommet (la performance) que pour assurer l’arrivée sain et sauf de tout le groupe (la cohésion).

«La France, jadis leader, perd aujourd’hui régulièrement des places dans les classements internationaux en matière d’infrastructures de réseaux»

Sans nier le phénomène bien connu des économistes de la « métropolisation de l’économie » nous ne pensons pas qu’il faille s’y résigner. D’abord, dans un pays avec une géographie particulière comme la France, un abandon des villes moyennes et des territoires ruraux et lointains (départements d’Outre-mer) serait démocratiquement suicidaire. Ensuite, parce qu’on voit au sein de nombreux territoires des contre-exemples réussis. Ainsi, que l’on se déplace dans le cadre de nos mandats militants au Medef, ou que nous cherchions à poursuivre le développement de nos entreprises, nous sommes en mesure de témoigner qu’il y a des exceptions à cette théorie économique dominante : on trouve des écosystèmes d’entreprises, innovantes et performantes, où PME et ETI maintiennent ou créent des emplois en territoire. Ces écosystèmes sont très souvent initiés par des entrepreneurs, en dehors de tout soutien de l’Etat, autour d’une ou de plusieurs entreprises leaders, d’une filière dominante et du « chasser en meute ». Le Medef et son réseau de 115 territoires ont un rôle d’animation pour consolider et aider à transformer nos PME. C’est d’ailleurs pour cela qu’a été créée l’université du numérique au Medef, destinée à nos adhérents désireux de faire entrer leur entreprise dans l’ère digitale.

Mais cela ne suffit pas, car l’enjeu territorial est aussi celui des infrastructures. De nombreuses études ont confirmé le lien entre infrastructures, croissance et attractivité des territoires. Le problème est bien plus global et préoccupant encore : la France, jadis leader, perd aujourd’hui régulièrement des places dans les classements internationaux en matière d’infrastructures de réseaux comme l’a souligné le Forum Economique Mondial.

Dans un contexte de réduction des déficits, la France n’a pas fait le choix de préserver l’investissement public, ni pris de dispositions pour que le relais soit assuré par des investisseurs privés. Cette politique a eu pour effet d’accélérer le déclassement de nos infrastructures qui ont pourtant été longtemps notre fierté.

« Il est nécessaire de mettre en place une véritable gouvernance des infrastructures en se dotant d’une politique nationale »

Ce mouvement risque en effet de s’accentuer encore dans les toutes prochaines années si l’on ne fait rien. Les besoins en infrastructures sont phénoménaux au regard des enjeux liés à la transition écologique, au développement du numérique et à la cohésion sociale et territoriale. N’oublions jamais que les disparités d’équipement en infrastructures numériques performantes d’un territoire à l’autre accroissent les écarts d’attractivité… Le niveau de couverture en très haut débit est indéniablement devenu un critère de choix de localisation pour l’ensemble des acteurs économiques.

Il est nécessaire de mettre en place une véritable gouvernance des infrastructures en se dotant d’une politique nationale, en reconnaissant aux régions une réelle compétence et en disposant d’un nouvel outil de financement dédié. Pour relever le défi des transformations économiques et technologiques en cours (nouvelles mobilités, transition énergétique, transformation numérique…), il faudra bien plus qu’un maintien de l’effort d’investissement à son niveau actuel.

Dans le cadre du Medef, nous encourageons un rééquilibrage des efforts de réduction des dépenses publiques pour préserver l’investissement plutôt que les dépenses de fonctionnement. Mais nous devrons aller bien plus loin : avec tous nos adhérents en région, notre mission consiste à faire émerger de nouveaux moyens de financements privés dédiés à accélérer les transformations.

Les ingrédients de la réussite sont connus. La France doit par conséquent s’inspirer des pays qui sont parvenus à planifier à moyen et long terme un programme de développement des infrastructures stratégiques, sécurisé par la création de financements dédiés de long terme (à l’instar du Canada, du Danemark, de la Suisse, du Royaume-Uni…). Elle doit aussi veiller à mieux orienter les investisseurs potentiels vers des projets d’infrastructures qui ne représentent guère aujourd’hui qu’environ 1 % du volume des investissements institutionnels. On l’aura compris : refondre une politique nationale d’infrastructures ambitieuse, c’est offrir à notre pays demain de réelles perspectives en matière de croissance mais c’est aussi booster l’attractivité de tous nos territoires.

Geoffroy Roux de Bezieux, candidat à la présidence du Medef, et les présidents de Medef territoriaux et régionaux : Sylvain Appaire (Cholet) ; Christine Bertrand (Meurthe-et-Moselle) ; Thierry Debourg (Limousin – Haute-Vienne) ; Nicolas Dumas (Cher) ; Eric Giraudier (Gard) ; Josiane Gouze-Faure (Ariège-Pyrénées) ; Pierre-Antoine Kern (Côte-d’Or) ; Richard Lazurowicz (Vienne) ; Francis Lheure (Loiret) ; Philippe Neys (Pays Basque) ; Bertrand Schaup (Anjou) ; Samuel Tual (Mayenne) ; Denis Vogade (Alpes-de-Haute-Provence

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