Une église vide, des volets fermés, pas un chat dans les rues et une pancarte « À vendre » sur le dernier commerce du bourg… Depuis des années, les communes les plus rurales de France souffrent de la désertification. Avec la baisse de leur démographie, les petits commerces qui les faisaient vivre baissent le rideau, englués dans un cercle vicieux de chute de l’activité.

Pour tenter de contrer le phénomène, la Fédération internationale des Logis vient d’annoncer un nouveau concept, qui pourrait revitaliser des centaines de communes : les « auberges de pays ». Un lieu qui continuerait d’accueillir les touristes, tout en s’assurant d’une activité à l’année, auprès de la population locale.

« Les petits paient plus cher que les chaînes »

L’idée est née de plusieurs constats. « À partir de 2 000 habitants et en dessous, les commercent disparaissent, constate Karim Soleilhavoup, directeur général de la Fédération internationale des Logis (première chaîne de restaurateurs hôteliers indépendants en Europe, avec 2 300 établissements dans huit pays). L’hôtel-restaurant réservé aux touristes, ou seulement pour dormir, c’est terminé. Les hôtels doivent s’ouvrir à d’autres activités. Certains ont essayé d’innover, pour survivre en communes rurales, mais ils n’ont pas réussi, par manque de moyens. »

« Depuis quelques années, des sites internet de réservation d’hébergements bien connus ont apporté de la visibilité aux indépendants, mais en aspirant 15 à 18 % de leur rentabilité, poursuit Karim Soleilhavoup. Et sur les achats de boisson, la blanchisserieles petites structures paient 15 à 30 % de plus que les chaînes hôtelières. » Ajoutez à cela les difficultés à recruter du personnel en saison, les coûts élevés de mise aux normes de sécurité et d’accessibilité (que l’UMIH, Union des métiers et industries de l’hôtellerie, espère faire assouplir sous peu), et les petites structures finissent étranglées, sans possibilité d’investir dans la qualité.

Le château de Brélidy, dans les Côtes-d’Armor, propose ses services de chambres d’hôtes. (Photo d’illustration : Logis)

Leur idée pour sortir le secteur de l’ornière ? Des auberges, conçues à la fois comme un point de service à la population, de commerce de proximité (dépôt de pain, presse, relais colis, épicerie…), pour avoir une activité qui fasse vivre la commune toute l’année, comme un ciment du lien social local. Le tout combiné à une activité d’hôtellerie-restauration, pour accueillir les touristes.

Au moins trois services différents

Pour devenir une « auberge de pays », les candidats devront d’abord remplir un cahier des charges : « Proposer au moins trois activités de service différentes, être capable de servir une assiette qui valorise les terroirs, compter de trois à neuf chambres, du WiFi et de quoi se faire un café. »

C’est là que la chaîne Logis intervient, avec son concept « clé en main » : des architectes designers viennent améliorer l’ambiance du lieu, pour garantir au client un degré de qualité, notamment sur la literie, la qualité des douches, tout en gardant le charme de l’endroit… Ensuite, la chaîne fait bénéficier à l’indépendant de sa centrale d’achats, de son site internet (1 million de nuitées réservées sur sa carte de fidélité en 2017), des conseils de ses équipes.

De quoi empêcher la disparition annoncée par l’UMIH de 10 000 établissements viables, dans les années à venir ? Le directeur général y croit : « C’est une innovation qui correspond à une attente des clients, avec des produits de terroir, du circuit court, des gens qui connaissent leur région. Des économies pour les indépendants, grâce à la centrale d’achats, et un vrai plus pour les communes, avec le maintien d’une activité toute l’année. »

Un atout pour la population

Le concept a été présenté pour la première fois aux Assises de la ruralité, organisées il y a quelques jours à Rodez (Aveyron). Logis espère que les auberges auront un coup de pouce des mairies : « Le cuisinier de l’auberge pourrait proposer un service de livraison de repas, fournir le déjeuner de la cantine, une maison de retraite, apporter un vrai plus à toute la population. Nous en sommes au premier contact avec des communes, des communautés de communes, des départements, le concept vient tout juste d’être annoncé»

Si tout se passe bien, les premières « auberges de pays », labellisées, devraient voir le jour d’ici à la fin de l’année, de premiers contacts ont été pris. D’après une étude du cabinet In Extenso TCH, depuis 2011, 200 hôtels de campagne ferment chaque année.