Plan THD et fibre FTTH : un rattrapage est-il possible en 2019 ?

Internet Haut débit pour tous !

Plan THD et fibre FTTH : un rattrapage est-il possible en 2019 ?

Source : ZDnet

 

Technologie : Côté très haut débit (THD) et fibre optique en France, quel bilan 2018 et quel défi à relever en 2019 ? Avec les chiffres et les explications des acteurs qui comptent dans l’écosystème.

 

En publiant le 6 décembre un état du marché des services fixes à haut et très haut débit, l’Arcep a averti (sobrement ): « Pour atteindre leurs objectifs, il est nécessaire que les opérateurs intensifient le rythme des déploiements ».

 

Les objectifs THD à 2022 . Source AFUTT,  déc. 2018.

En moins de 4 jours, le syndicat des câbliers de la fibre – Sycabel – puis la FIEE sur la formation, puis l’association des collectivités Avicca et l’AFUTT viennent coup sur coup de s’exprimer, dans un contexte national où, soudain, les doléances menacent d’affluer de partout.

S’agissant du déploiement du très haut débit avec la fibre FTTH, les industriels du Sycabel ont fait état d’une « accélération ». Mais que perçoit-on sur le terrain ? Cette accélération est-elle significative et permettra-t-elle de rattraper le retard en 2019 et 2020 ?

L’Arcep vient d’ouvrir son service cartefibre.arcep.fr (cf. son nouveau concept de ‘régulation par la data’) : il est désormais possible de suivre, immeuble par immeuble, les déploiements de la fibre FTTH (auprès des résidentiels et petites entreprises). Au 30 septembre 2018, selon la haute autorité, 43 % des locaux des communes sur lesquelles Orange s’est engagé et 29 % seulement de ceux des communes sur lesquelles SFR s’est engagé ont été rendus « raccordables » à la fibre. Leur engagement est d’atteindre 92% avant fin… 2020, dans 24 mois. Or, à ce jour, le nombre d’abonnements à très haut débit représente 43% du nombre de locaux éligibles au très haut débit – soit une progression (encore modeste) de + 5% en un an. 

A fin septembre 2018, le nombre total d’abonnements à haut et très haut débit a atteint 28,9 millions (+2,5% seulement sur les 12 mois écoulés). On n’atteindra pas 33 millions à fin 2018. Mais la bonne nouvelle est que 12,5 millions de locaux étaient éligibles aux offres FTTH, soit une hausse de 31 % sur 12 mois, hausse qui sera certainement plus forte encore sur l’ensemble de l’année 2018.

 

Les RIP, bons élèves

Les zones d’initiative publique (RIP ; les collectivités territoriales – hors des grandes agglomérations) font figure de bons élèves : elles ont rendu « éligibles » 207.000 nouvelles adresses sur le seul 3ème trimestre – ce qui constitue un record. Le taux de mutualisation y atteint 27 % (mais il est de 87%, sur les « zones privées », celles équipées par les grands opérateurs).

L’Avicca qui regroupe plus de 100 collectivités territoriales, note ce 18 décembre : « L’Arcep pourrait préciser qu’il faut encore accélérer “surtout en zone AMII” (ensemble des zones de densité intermédiaire, partagées à 80/20 entre Orange et SFR, mais aussi Iliad, Covage, Alsatis.. ). « Pour le moment, ce n’est pas le chemin pris. L’échéance 2020, pourtant tronquée de 8% (…), paraît toujours aussi inatteignable ».

L’association s’auto félicite : « Les RIP sont une nouvelle fois les bons élèves des déploiements FTTH en France. Mais c’est insuffisant pour combler le ralentissement des déploiements du côté des opérateurs privés ». Et pan !

Retard récurrent de la France ?

L’association indépendante AFUTT, sur son site, épingle une nouvelle fois la position de la France en Europe : « La France continue d’accuser un retard sur la quasi-totalité des autres pays européens (…). Dans le classement DESI (Digital Economic and Society Index), elle est passé au 20ème puis au 23ème rang sur 29 et plus précisément 27ème sur 29 pour la couverture (pourcentage de ménages couverts) en haut débit rapide (c’est-à-dire THD, très haut débit, 30 Mbps et plus) ».

Bernard Dupré, président cette association de défense des utilisateurs, observe: « La 4G mobile ne nous dédouane pas vraiment de notre retard sur le fixe puisque notre place dans ce domaine est 21ème sur 29 ».

Subtilités : raccordable mais pas éligible…

Cette même association constate aussi qu’on se perd dans les « subtilités sémantiques » sur les éléments pris en compte – ce qui peut permettre de déguiser des retards et donner lieu à des surfacturations :  les opérateurs distinguent, d’une part, les immeubles de 3 logements ou moins, qui sont subdivisés entre « logements raccordables » (point de branchement optique, ou PBO, dans la rue) et ceux « raccordables sur demande” (le PBO n’est pas installé ; l’usager doit passer commande à un fournisseur d’accès Internet (FAI) qui lui-même s’adressera à l’opérateur fibre de la zone : 3 à 6 mois de délai !).

Et, d’autre part, les immeubles de plus de 3 logements, eux aussi subdivisés en deux catégories, les « raccordables » et les « raccordables dès autorisation » – celle du syndic ou du bailleur : là encore 3 à 6 mois). « Or, « raccordable » n’est pas toujours « éligible », ironise la note de l’AFUTT. Il faut qu’un opérateur fasse une offre commerciale après avoir raccordé son réseau de collecte au nœud de raccordement optique (NRO) ». Limpide !

L’indicateur significatif, c’est la prise raccordable (avec délai inférieur à un mois), et non la prise éligible, nous explique un responsable numérique d’une collectivité, qui souhaite rester anonyme. « L’usager peut alors, enfin, souscrire l’abonnement qu’il souhaite ».

« En d’autres termes, couvrir n’est pas servir. Et le niveau de satisfaction devrait aussi être mesuré », ajoute Alain Gérardin, consultant chez Conjonction Numérique.

Une menace efficace : les pénalités 

L’objectif de 100 % de THD (débit de 30 Mbps) à 2022 pourra difficilement être atteint. Il est vrai que depuis septembre 2018, Orange annonce multiplier par 10 ou presque ses déploiements sur les zones moyennement denses. Sur une ville comme Châteauroux, par exemple, le rythme de déploiement aurait grimpé de 200 prises en juin 2018 à 2.000 prises en novembre 2018. Il faudrait que ce nouveau rythme soit tenu jusqu’en 2020, pour atteindre l’objectif des 92%.

Ce sursaut, fort encourageant, serait dû à des pénalités de retard introduites, par des avenants dans les conventions signées entre agglomérations, régions et opérateurs (Orange la plupart du temps).

Deux ans de retard ?

Sur le terrain, on s’attend à deux ans de retard au minimum. Car dans certaines agglomérations comme Dreux, la situation a très peu avancé depuis 2017. 
Sur les RIP, le retard serait d’environ un an en moyenne. L’objectif d’une couverture à 8Mbps en 2020 pourrait être approché. L’objectif du 100 % THD (30 Mbps) sera, là encore, difficile à atteindre, même si l’on prend en compte le VDSL et le câble.

« Tout périmètres confondus, les RIP auront en 2020 atteint une couverture de 70 % en fibre sur la partie rurale des territoires sauf quelques exceptions à 100 %. Les zones très denses et moyennement denses devraient être terminées à cette date (100 %). On devrait donc être à 80 % environ, sauf si les départements concernés terminent leur territoire avec une deuxième phase d’ici 2025. De leur côté, les zones « privées » (hors RIP) pourraient atteindre les 100 % vers 2025 », résume un membre de l’Avicca.

L’exemple de la Seine et Marne

Dominique Leroy, directeur des services du Syndicat mixte Seine-et-Marne numérique (un RIP) se veut optimiste. Avec 100.000 prises, un tiers de l’objectif est atteint : « Oui, ça s’accélère. Mais, vu l’étendue de notre territoire, nous anticipons une année de retard ». Et il ajoute : « Nous, les RIP, avons un défi supérieur à celui des opérateurs sur zones AMII : eux visent 90% de couverture avec le raccordable à la demande alors que nous sommes engagés pour 99% sur du raccordable en un mois. Or, en rural, les derniers 10% coûtent très, très cher (jusqu’à 20% du total) ».

Les déploiements sur infrastructures aériennes sont souvent causes de retards, « même si la période d’apprentissage est derrière nous ».  La coopération avec Enedis, Orange, etc. se fluidifie. Mais la montée en charge reste délicate, souvent liée à des difficultés de lecture des cahiers des charges et des contrats ».  
Axione, de son côté, constate que les travaux réalisés par les collectivités et leurs prestataires locaux peuvent poser problème. 

Deuxième financement attendu par les RIP

L’autre défi pour les RIP touche au financement. La plupart d’entre eux sont déjà en attente de la deuxième tranche de financement attendue de l’Etat (conditionnée, depuis peu, par de nouvelles zones AMII bis en cours). Le manque d’investissement public auprès des territoires ruraux reste une préoccupation.

Les autres motifs de retard : la pénurie de techniciens

Autre raison majeure du retard, récurrent depuis des années, c’est le manque de techniciens installateurs.

Ce 7 décembre, la FIEE, fédération des installateurs, en partenariat avec les pouvoirs publics, Pole Emploi, etc., a annoncé une campagne de communication et de recrutement sur les métiers de la fibre optique. Au total, 22.000 postes seraient à pourvoir d’ici à 2021. Certaines formations seraient dispensées sur 6 à 8 semaines. 

Les bureaux d’étude et les câbliers dans le collimateur

Une partie des retards est toujours et régulièrement attribuée aux bureaux d’études, responsables des schémas de construction des réseaux, indispensables pour les câbliers et les installateurs.

Et, pour leur part, les câbliers sont également toujours sous pression, même s’il est vrai qu’ils ont accéléré et intensifié leur production. Ils sont souvent soupçonnés de prendre toutes les commandes (l’industrie est extrêmement concentrée, il est vrai – Prysmian, Nexans, Acome, Corning…) et -pour les plus gros- de ne pas tenir leurs délais en servant en priorité leurs grands clients… En outre, il est souvent reproché à certains d’entre eux d’écarter des standards de fibre – selon ce qui les arrange.

Un challenge ambitieux pour 2019

En résumé, le programme THD / FTTH de l’Hexagone s’illustre comme un défi majeur pour 2019 et au-delà.

« Il reste beaucoup à construire sur les 3 ans à venir », observe Eric Jammaron, directeur général délégué d’Axione (filiale de Bouygues). « C’est un marché qui rattrape son retard. Il n’empêche, la France reste bien perçue à l’international, du fait de l’originalité de notre modèle de mutualisation des ressources (dès qu’un opérateur a construit un réseau, il doit l’ouvrir)».

En outre, comme au Japon, le choix d’une couverture globale à plus de 90% avec la fibre FTTH se justifie plus que jamais. Cela permettra, à terme de bénéficier d’une situation privilégiée pour généraliser les 30 Mbps et au-delà, alors qu’au Royaume-Uni, en Allemagne ou ailleurs- l’infrastructure restera encore longtemps mixte (xDSL, câble coaxial, et partiellement fibre).

Bref, un petit retard pour un grand rebond ?

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer