Témoignages des Mairies

Internet Haut débit pour tous !

Commune de Crouay, ayant testé la seule solution proposée aux Communes en Zones Grise et blanches, le WIFIMAX (fournisseur d’accès OZONE) 

Nous nous sommes engagés à mener des démarches pour améliorer la vitesse et la qualité de service d’internet à Crouay.  La fibre optique, solution très haut débit ne sera pas déployée par des opérateurs privés mais grâce à une initiative du Conseil Général le “RIP14”  – Réseau d’initiative public du Calvados -).  Ce déploiement n’aura pas lieu avant 2026-2031 pour Crouay. Une solution radio a été proposée et mise en oeuvre mais s’avère être un échec (voir plus bas)

Mise à jour octobre 2018, 4 années de perdues : le déploiement a depuis Macron été accéléré (2021) mais concrètement zéro avancées dans les villages en zones blanches tel que Crouay bien qu’étant les plus nécessiteux vu la vétusté de leur réseau de cuivre. En zone de déploiement prioritaire du RIP on constate le déploiement de nombreuses prises de fibre optique mais qui se sont finalement très peu vendues dans ces secteurs ou l’ADSL et le VDSL suffisent : le modèle économique du RIP 14 est incohérent mais poursuit sa route au nom d’un service public – non rendu pour ceux qui en ont le plus besoin !
Le WIFIMAX  a été abandonné par le Département qui a laissé les petits élus se “débrouiller” avec leurs administrés.   
De quel intérêt général parle t-on lorsque le département déploie massivement à Bayeux des armoires de raccordement pour que les gros opérateurs s’y raccordent, site réputé pilote ?  à contre courant du projet RIP initial ! Bayeux a depuis des années un réseau ADSL VDSL très correct alors que des dizaines de villages immédiatement voisins sont à la merci d’un réseau délabré.  Intérêt général ou de quelques élus ?

En attendant la fibre ou toute autre moyen d’accès , la solution de l’internet par Radio est la seule alternative qui nous ait été proposée par le Conseil Départemental permettant d’obtenir des débits satisfaisants et conformes à ceux de l’ADSL. Nous confirmons sa mise en place à Crouay et dans les villages voisins depuis février 2014, et de ce point de vue, nous considérons que nos engagements ont été tenus.

Hélas , le  WIFIMAX, s’est avéré être en échec sur la plupart des secteurs signalés comme “accessibles” par le  service de cartographie  “théorique” utilisée par les responsables du RIP 14.  Lors d’un rendez vous obtenu avec le responsable de l’aménagement numérique du territoire,   nous avions  exprimés  des doutes et pensions que le WIFIMAX risquait de ne pas fonctionner à cause du relief prononcé sur notre Village. Nos craintes se sont avérées exactes : trop peu d’habitants peuvent s’y raccorder, une vingtaine sur 4 communes, quel succès !!.  Il est évident sans être technicien que le relief et les obstacles limitent la diffusion des ondes et que cette solution est un leurre, à moins de raser les arbres et éliminer tout forme d’obstacle ?

Pour aggraver cette situation,  les  particuliers ayant tentés l’expérience du WIFIMAX ont été confrontés à de nombreux problèmes avec l’unique fournisseur  d’accès à Internet utilisant le  R.I.P du Conseil départemental  : la société OZONE. La gestion de la relation client est très médiocre. Les habitants en échec sur leur installation et qui ont payé le matériel ont eu du mal à être remboursés. Les délais pour l’installation sont  démesurés. Les “hot lines” sont difficilement accessibles et les clients ne parviennent pas à trouver de solutions avec leurs  interlocuteurs pour résoudre les problèmes. Les personnes dédiées aux collectivités ne répondent pas ou peu, ne permettant aucun suivi efficace des élus tant pour le déploiement du service que pour des relances.

Le retour d’expérience après plusieurs mois est donc particulièrement décevant : en dehors du WIFIMAX,  aucune solution fiable ne nous est proposée par le Conseil Départemental du Calvados, malgré les actions entreprises par la Mairie, entre autres et par exemple  une lettre ouverte à Jean Léonce Dupont et dont la réponse ne fut qu’une  “fin de non recevoir” subtilement tournée et fidèle au savoir faire du CD 14 en matière de communication.

Il n’y a donc aucune écoute des responsables et élus du Conseil Départemental qui se contentent de nous répéter inlassablement les mêmes réponses : le RIP14 poursuit  un calendrier  et quelques soient les échecs rencontrés n’en tire aucunes conséquences  : Il n’y aura pas d’aménagements spécifiques pour les communes en zones grises et blanches , celles-ci n’ayant pas d’attractivité économique. Pourtant tout le monde sait que ce sont ces communes qui ont le plus besoin d’internet ,  l’ADSL y étant distribué étant à la limite du “Très Bas débit”. (Notre commune peut en revanche accueillir ceux qui veulent tenter une cure de désintoxication à l’internet ou à la téléphonie mobile !) 

Pourquoi, dans le cadre d’un R.I.P et d’argent public alimenter en premier des zones pourvues de débits suffisants – parfois proche de ceux de la fibre ? (VDSL). Est-ce là une nouvelle définition de l’intérêt général que de priver d’emblée certains villages d’un moyen essentiel de développement économique alors que les habitants payent comme tout le monde  des impôts ?

Le commune de Crouay a donc décidé de rejoindre et subventionner le Collectif Coeur de Fibre, une association dont le but est d’obtenir l’accès à l’internet très haut débit par la fibre sur l’ensemble des territoires du Calvados  en particulier en faveur des espaces qualifiés de zones blanches ou partiellement couverts dans un délai identique pour tous.

Nos inviterons les Maires des zones blanches et grises à rejoindre ce collectif .

De nouvelles actions seront programmées et à suivre sur notre site internet ( http://crouay.fr/wp/la-mairie/internet-a-crouay/) et sur le site de l’association.

Emmanuel, Trolong, 2ème adjoint du Maire Guy Bailleul, en charge du dossier internet.


Loiret : le coup de gueule d’un élu d’une commune rurale  14-10-2018

CCF14 : tout y est dit, bien au delà de la seule fracture numérique, un problème parmi tant d’autre mais  qui est sans doute celui étant le plus perçu comme un abandon de l’état particulièrement cynique des citoyens et élus des petits villages qui ne peuvent pas se connecter aux multiples procédures dématérialiseés par l’administration et sont écartés de l’économie numérique. Dans le Calvados, comme ailleurs, les 1er de cordée se fichent éperdument de ceux du bas ! 

 

Les maires des petites communes  et des communes rurales sont de plus en plus nombreux à démissionner. Pourquoi ce mal être ? Un sentiment d’oubli, d’injustice que dit bien cet élu d’une petite commune du Loiret, Rebréchien, 1.350 habitants. Il pointe la fracture numérique, médicale, le sentiment d’éloignement, les 80 km/h qui ne passent pas… Thierry Leguet est maire adjoint de Rebréchien

 

“Lettre ouverte d’un élu rural – 

Thierry Leguet

                                                                                  Maire Adjoint de Rebréchien (45470)

Thierry Leguet, maire adjoint de Rebréchien.

 

La France rurale se meurt, oubliée par l’État qui la condamne à disparaître. Comme beaucoup de français, j’ai fait le choix d’habiter à la campagne, un petit village loirétain entre la forêt domaniale d’Orléans et les terres agricoles de Beauce, et aujourd’hui à l’image de mes concitoyens je me pose beaucoup de questions sur le devenir de ces petites communes où l’on nous disait qu’il y fait si bon vivre.

Mon petit village est limitrophe de la métropole d’Orléans, pourtant il semble comme oublié, délaissé, presqu’abandonné par nos dirigeants qui depuis Paris ont sans doute manqué de courage politique pour donner aux habitants ruraux les mêmes droits que ceux accordés aux habitants des villes. Ma commune s’appauvrit, en quelques années les dotations de l’État ont baissé de 40 % et elle n’est plus en capacité à investir dans quoi que ce soit. Fini les investissements et les projets d’équipements. Il y a encore, mais pour combien de temps, une petite école dont les classes ferment les unes après les autres et un petit stade qui lorsqu’il n’est pas envahi par les gens du voyage permet aux gamins de jouer un peu. Ici, la population vieillit et diminue par manque d’attractivité.

Zone blanche

Imaginez, même les ondes désertent l’endroit. Zone blanche dans certaines rues, la téléphonie ne passe pas et l’internet très haut débit n’existe pas davantage. La première fracture est donc numérique. Les opérateurs avec la complicité de l’État se sont gavés en câblant les villes,  avec un maximum d’abonnés sur un petit territoire sans se voir en contrepartie imposer d’offrir ces nouvelles technologies à des abonnés plus dispersés résidant sur de plus vastes territoires. Une France à deux vitesses, celles qui peut communiquer et celle qui ne le peut pas, celle qui peut télétravailler et celle qui doit se déplacer pour aller travailler. Habiter la campagne, c’est obligatoirement avoir une voiture, à minima pour faire ses courses, car il y a bien longtemps que les commerces de proximité ont disparu, le boucher, les bars, la station essence, même l’annexe de la poste a fermé. Ceux qui restent se comptent sur les doigts d’une main et vivent sous perfusion.

L’enrichissement des sociétés d’autoroute

Et puis souvent une automobile ne suffit pas. Deux à trois véhicules par foyer sont parfois nécessaires. Sinon comment aller travailler, comment rejoindre l’Université pour étudier et préparer son avenir ? Le bus ? Ah oui c’est une solution palliative. Pour rejoindre le lycée de secteur situé à Orléans, il faut se lever à 6h et être à l’arrêt de bus à 6h45 pour arriver à 7h15, puis attendre 45 min devant le lycée. Le bus Rémi suivant, celui de 7h20 vous ferait arriver en retard et les portes seraient déjà closes. Aujourd’hui, à plus d’1€60 le litre de carburant, aller travailler en ville coûte de plus en plus cher. Un budget important, en constante augmentation, avec les assurances, l’entretien, les pneus à changer à force de rouler sur des routes secondaires abîmées.

Là encore, l’état a failli en permettant l’enrichissement des sociétés d’autoroute qui reversent chaque année plusieurs milliards de dividendes à leurs actionnaires, sans avoir jamais exigé d’eux quoi que soit pour favoriser l’entretien du réseau secondaire. Dix pour cent de ces profits suffiraient chaque année à réhabiliter à minima ce réseau secondaire, où pour toute solution et au nom de la sécurité, il nous est désormais demandé de rouler à 80 km/heure sur des routes parsemées de radars automatiques. À 2 € le litre d’essence à horizon 2020, si les salaires ne sont pas très vite revalorisés mieux vaudra rester chez soi à toucher le RSA plutôt que de se lever pour aller gagner un Smic à 1.149 euros. Mais de quelle France veut-on à vouloir empêcher les ruraux d’aller travailler en ville, la France du travail où la France de l’assistanat ?

Alors oui, la France rurale va mal. Elle va mal mais elle ne peut pas se soigner. La région Centre, pourtant limitrophe de l’Ile de France est tout simplement classée dernière région de France en offre de soin. D’ici les urgences sont à 45 minutes lorsque la circulation est favorable. Les médecins partent en retraite les uns après les autres sans jamais être remplacés. Les maternités ferment et les déserts médicaux s’installent. On nous annonce une réforme du numerus clausus. Ça ne rassure pas pour autant. On ne changera pas le problème tant qu’on n’imposera pas aux médecins libéraux de s’installer là où les besoins sont les plus grands.

 

Désert médicaux

Après tout, ce sont nos cotisations et notre système social de santé qui les rémunèrent. Pourquoi ne pas imposer un taux de conventionnement en fonction de leur lieu d’installation ? 100 % partout où il y a des besoins et des déserts médicaux, moins sur la côte d’azur. Avec de la volonté et du courage politique on peut toujours changer les choses, on peut redonner aux ruraux la possibilité de continuer à vivre décemment à la campagne. Mais pour cela nous avons besoin d’une politique forte sur les thématiques de la communication, du transport et de la santé, faute de quoi les petits villages se meurent, la France rurale court à sa perte et c’est l’unité même du pays qui s’en trouve remise en cause.