Home ArcepLe Très Haut Débit en VDSL2, une fausse bonne idée pour la France ?

Le Très Haut Débit en VDSL2, une fausse bonne idée pour la France ?

Par Pierre Col

Les débats sur le Très Haut Débit en VDSL2 ont été relancés par les annonces récentes de l’ARCEP et de la ministre Fleur Pellerin. Tâchons d’y voir plus clair sur cette technologie qui permet d’accroître fortement les débits sur les lignes de cuivre.

Le VDSL2, qu’est ce que c’est ?

Le VDSL2 (acronyme de Very High Speed Digital Subscriber Line 2) est un protocole de transmission de données à haut débit sur ligne de cuivre téléphonique traditionnelle. VDSL2 est le successeur du VDSL – Very high bitrate DSL – qui était la première évolution vers le très haut débit du DSL – Digital Subscriber Line.

La technologie VDSL2 s’appuie sur un spectre de fréquences bien plus large que l’ADSL : alors que l’ADSL est limité à la bande 0 – 2,2 MHz, le VDSL2 utilise la bande 2,2 – 12 MHz.

source Wikipedia, cliquer pour agrandir l’image

Déjà déployé notamment en Belgique avec 80% du territoire couvert et à Monaco, le VDSL2 intéresse l’Allemagne et la Finlande. Cette technologie est en cours de test en France,  par Orange et aussi par un nouvel opérateur, OVH.

Jean-Luc Silicani, président de l’ARCEP, a  confirmé fin juin à Edition Multimédia que le régulateur des télécoms allait tirer une conclusion positive de ces tests et autoriser le déploiement du VDSL2 dès cet automne. Dès lors, le mouvement pourrait aller très vite…

Avantages du VDSL2

Un spectre plus large avec des fréquences plus élevées permet de transporter plus d’information : ainsi le VDSL2 permet, dans les conditions les plus favorables, c’est-à-dire en étant situé à moins de 500 m du DSLAM, d’obtenir un débit descendant de 120 Mb/s pour un débit montant de 60 Mb/s, ou bien un débit symétrique de 50 Mb/s.

Ces performances le placent directement en concurrence avec la fibre optique, tant pour les particuliers qui se contentent aujourd’hui d’une offre à débit asymétrique que pour les petites et moyennes entreprises qui ont besoin de liaisons à débit symétrique et souscrivent des offres SDSL.

Autre avantage, le coût de déploiement. Couvrir un territoire urbain ou péri-urbain en VDSL2 coûte 10 fois moins cher que de le faire en fibre optique, notamment en zones pavillonnaires où, à défaut de déployer de la fibre aérienne sur des poteaux, il faut prévoir beaucoup de génie civil pour desservir un mode d’habitat qui représente une forte portion de la population française.

Inconvénients du VDSL2

Le principal inconvénient du VDSL2 est qu’il ne peut utiliser que des lignes de cuivre bénéficiant d’un affaiblissement inférieur à 18 db. En d’autres termes, le VDSL2 n’est avantageux que pour raccorder des clients situées à moins de 1200 m du DSLAM, au maximum 1500 m. Au-delà de cette distance, le débit n’est pas meilleur qu’en ADSL2+ et le VDSL2 ne présente plus d’intérêt.

Cela constitue un parc de lignes pouvant monter en débit très important en ville,  mais il restera des trous : ainsi, bien qu’habitant au centre de Lyon, mon appartement est situé à près de 1700 m du DSLAM et le test d’éligibilité d’OVH m’indique très clairement que je n’aurai pas accès au VDSL2.

Au-delà des zones denses, le VDSL2 ne résoud pas le problème du Très Haut Débit  dans les campagnes : pour donner un exemple, Patrick Gilles, chargé de mission TIC au conseil général de la Drôme qui travaille avec ADN Telecom, a indiqué sur Twitter que « en Drôme / Ardèche, 96% de la population est éligible à l’ADSL (512 kb/s), 50% à l’ADSL2+ (10 Mb/s), 10% au VDSL (50 Mb/s) ».

Selon les spécialistes comme Benjamin Fradelle, consultant du cabinet Tactis interrogé sur le sujet par The IT Circle, moins de 10% des lignes téléphoniques françaises seront éligibles au ‪VDSL.

Le VDSL2, qu’en penser ?

Le débat sur le VDSL2 s’est trouvé relancé récemment. D’abord, comme on l’a vu, est que l’ARCEP va bientôt autoriser son déploiement.
Dans la droite ligne du programme électoral du Parti socialiste (PS), la ministre déléguée à l’Économie Numérique  annonce pour la fin de l’année une proposition de loi qui remaniera profondément le très contesté Plan National Très Haut Débit. L’objectif du gouvernement est de mettre en place les conditions pour tous les français disposent, d’ici 2017, d’un débit minimal de 3 à 5 Mb/s…

Du fait des éléments pour et contre, les positions sur le VDSL2 sont assez tranchées, et voici pourquoi compte tenu de la position des différents intervenants sur le marché.

On sait que le Très Haut Débit peine à se développer en France. Les raisons sont multiples, mais je veux en retenir deux qui me semblent prééminentes :

  • Déployer la fibre optique coûte cher, surtout à cause du génie civil, et particulièrement en zones rurales. Dans une période d’énormes difficultés économiques, quand les grands opérateurs voient la rente qu’ils tiraient de leur « vache à lait » des services mobiles attaquée par de nouveaux entrants commercialement agressifs, et  quand les capacités d’investissement des Etats sont affectées par des contraintes budgétaires visant à réduire leur dette, financer le déploiement national du FTTH, qui représente quelques dizaines de milliards d’euros, devient très compliqué… Pour autant, et c’est heureux, des collectivités ont réussi à déployer avec succès des réseaux fibrés sur des territoires ruraux, par exemple en Drôme et Ardèche.
  • L’ADSL est globalement de qualité en France dans les grands centres urbains, et les opérateurs ne sont pas convaincus qu’il y ait une grande appétence pour le FTTH. Et si le gain en termes d’usage apporté par le Très Haut Débit n’est pas déterminant pour un foyer qui dispose déjà de 12 Mb/s descendant et 2 Mb/s montant sur un accès ADSL, il sera compliqué de la convaincre de basculer sur la fibre. Et c’est bien le marché de 30 millions de foyers français, dont les 2/3 sont déjà connectés à Internet, qui motive les investissements des opérateurs, bien plus qu’un marché professionnel de quelques milliers de PME et quelques dizaines de milliers de TPE.

En soi, le VDSL2 est une bonne technologie, qui permet de tirer le meilleur parti des infrastructures existantes. Ainsi au Royaume-Uni grâce à un déploiement conjoint du VDSL2 et du câble le débit moyen descendant des accès Internet a bondi de 20% durant le dernier semestre et même doublé sur 3 ans !

Mais c’est aussi là que réside l’inconvénient « stratégiques » du VDSL2, puisqu’il peut avoir un effet fortement dissuasif sur le développement massif de la fibre optique.

À mes yeux, la difficulté posée par le VDSL2 pour la France vient de ce que, pour faire simple, c’est une bonne solution pour les villes, mais pas pour les campagnes. L’autorisation du VDSL2 pourrait effectivement permettre aux opérateurs de basculer à moindre coût une bonne partie des clients citadins, pour des investissements faibles. Mais alors, une fois le marché du très haut débit ainsi « écrémé », quelle sera la volonté et l’intérêt des grand opérateurs d’aller déployer la fibre en zones rurales ? Et ce même si le VDSL2, qui leur aura coûté moins cher que la fibre pour le développement en zone urbaine,  leur procurerait une marge de manœuvre plus importante pour financer en partie un tel investissement ?

Et il faut prendre en compte un facteur important en période de chômage record : la création d’emplois. En effet, le déploiement de la fibre optique peut-être vu comme un coût, par les opérateurs, mais également comme un gisement d’emploi pour les années à venir, pour les collectivités qui veulent développer l’emploi sur leur territoire

Aujourd’hui on est en là : les grands opérateurs opérateurs sont favorables au VDSL2, et même Xavier Niel de Free a reconnu que la fibre optique était un « investissement dégueulasse », c’est à dire présentant une faible rentabilité pour une forte intensité capitalistique.

En face se trouvent les « défenseurs du très haut débit rural », parmi lesquels les collectivités concernées, qui s’opposent au VDSL2, et militent pour un changement d’infrastructure avec un passage aussi rapide à la fibre optique plutôt qu’une prolongation de la durée de vie des bonnes vieilles lignes téléphoniques en cuivre. Pour lire les arguments de ces défenseurs de la fibre optique rurale, je signale le livre de Jean-Pierre Jambes, titré « Territoires et numérique, les clés d’une nouvelle croissance » et disponible depuis le 15 août.

Vous trouverez sur son blog le point de vue de Michel Lebon, que j’avais interviewé fin 2011. Pierre Ygrié, de l’association « Les webs du Gévaudan » qui travaille au développement du Très Haut Débit en région Auvergne et particulièrement en Lozère, a décidé d’interpeller les députés sur ce sujet.

Dans le cadre de la révision annoncée du Plan National pour le Très Haut Débit, la balle est maintenant dans le camp du gouvernement qui va entendre les arguments des lobbies, opérateurs d’un côté, collectivités territoriales de l’autre. Viendra ensuite l’heure de la décision politique, qui devra aller dans le sens de l’intérêt du plus grand nombre tout en restant compatible avec des possibilités d’investissement contraintes par la conjoncture économique.

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