Ces rois de la débrouille connectent les zones blanches à internet

Internet Haut débit pour tous !

Ces rois de la débrouille connectent les zones blanches à internet

CCF14 : Nous les avions rencontrés en 2016 et ce voyage fut très instructif. (Rubrique Nos actions en 2016 ) Le reportage qui suit dans l’article de France 3 ressemble au notre , sauf le fait que le nombre d’abonnés de la coopérative SCANI progresse petit à petit, doucement mais surement là où des Départements comme le Calvados eux stagnent. Comme Benjamin Bayart,
président de la Fédération des fournisseurs d’accès à Internet associatif  le disait : “en matière de déploiement d’internet n’attendez rien des politiques et élus, c’est surtout la langue de bois qui opère  “. Scani, un opérateur alternatif…avec l’humain au premier plan. Et nous sommes toujours d’accord avec Bruno Spiquel : couvrir de fibre le territoire en 2022 est irréaliste. Paroles d’experts qui eux ont fait du terrain leur bureau !

 

Bruno Spiquel et Alfred Urban, sur les hauteurs de Saint Florentin, où l'opérateur Scani a installé une antenne wifi pour booster la connexion de la ville. / © Baptiste Mezerette/FTV
Bruno Spiquel et Alfred Urban, sur les hauteurs de Saint Florentin, où l’opérateur Scani a installé
une antenne wifi pour booster la connexion de la ville. / © Baptiste Mezerette/FTV

Il existe encore des lieux reculés en France où internet ne passe pas. Où regarder ses mails, télécharger une vidéo et acheter en ligne, relève de l’exploit. Mais dans l’Yonne, Scani, un opérateur indépendant, éradique ces endroits un par un. Cinquième étape de mes carnets de village.

Source : France 3 Par Baptiste Mezerette   

C’est une bourgade d’à peine 600 habitants, aux confins de l’Yonne, à une trentaine de minutes d’Auxerre en voiture. Il fut un temps, pas si lointain, où Evelyne et Yvan y vivaient coupés du monde. Dans ce qu’on appelle une zone blanche, où internet et le téléphone sont très mal desservis. Malgré un abonnement ADSL, impossible de télécharger une vidéo… Mais ça, c’était avant ! Avant de faire appel à un opérateur indépendant, nommé Scani (Société Coopérative d’Aménagement Numérique Icaunaise), qui les a connectés à un relais installé à proximité de leur maison.

“Une bouffée d’air !” Voilà comment Evelyne a vécu l’arrivée du très haut débit chez elle, à Chéu. Elle qui se remémore avec agacement cette époque où la connexion suffoquait. “C’était impossible de passer une commande en ligne !, s’emporte-t-elle. Puis, on ne pouvait même pas consulter notre compte des impôts.” Une vie au ralenti dans un monde qui s’accélère. E-commerce, streaming vidéo, gestion administration dématérialisée…

"La vidéo conférence, c'était rapé", Yvan, habitant du village de Chéu (Yonne). / © Baptiste Mezerette/FTV
“La vidéo conférence, c’était rapé”, Yvan, habitant du village de Chéu (Yonne). / © Baptiste Mezerette/FTV

Désormais, Evelyne et Yvan jouissent d’une vitesse de connexion 100 fois supérieure à l’ancienne ! Une révolution signée Scani. Ont-ils payé une fortune pour cela ? Non, loin de là. L’abonnement coûte 30 euros par mois (sans TV et téléphone) et une caution de 40 euros est demandée pour le matériel (antenne, routeur, câbles). Mais pour bénéficier du service, il faut devenir actionnaire de la coopérative (à partir de 10 euros). L’adhérent est bénévole. “Certains y passent plusieurs jours par semaine, d’autres viennent aider de façon plus sporadique, explique l’opérateur sur son site. Plus de 70% du temps investi est effectué de façon volontaire par les membres. » Né en 2012 au sein de l’association Pclight, l’opérateur compte aujourd’hui 670 membres, soit autant de connexions réalisées.

Techniquement, comment ça marche ? “On prend internet là où il fonctionne pour l’emmener là où il ne fonctionne pas”, vulgarise Bruno Spiquel, un des pionniers du projet Scani. Autrement dit, depuis ses points de collecte à Joigny, Migennes, Sens, Auxerre, et autres, l’opérateur transporte la connexion internet jusqu’aux zones blanches. Cela grâce à un maillage d’antennes wifi installées en altitude, sur des églises, des silos agricoles, des poteaux ou encore des châteaux d’eau. “On fabrique un réseau de transport, mais on ne regarde pas le contenu à l’intérieur”, précise-t-il, au nom de la neutralité du net.

Sur les toits de l’Yonne

Chez Scani, une grande partie du travail consiste à entretenir le réseau fabriqué par leur soin. Ce jour-là, j’embarque avec deux de ses membres : Bruno Spiquel, technicien réseau de formation et Alfred Urban, antenniste de métier. Eux sont rémunérés pour une partie de leurs tâches au sein de la coopérative. Destination les toits de l’Yonne, pour y poser des antennes et réaliser des speed test (test de vitesse de connexion). 

C’est gratifiant d’aller dans un bled où il n’y a rien et qu’avec deux ou trois bouts de ficelle, on y apporte internet. (Bruno Spiquel)

9h15, première étape au camping municipal de Joigny, coincé entre les arbres, en lisière de l’Yonne. Un vacancier en slip lève la tête, interloqué par la scène. Là-haut, perché sur son échelle, Alfred tend une antenne à bout de bras dans l’espoir de capter une connexion. En contrebas, Bruno garde les yeux rivés sur l’écran d’ordinateur pour surveiller le débit. Scani compte installer une nouvelle antenne pour améliorer la performance du wifi qu’ils ont déjà déployé ici, en mai 2019. Les touristes jouant à Candy Crush aux sanitaires peuvent dire merci Scani. “Maintenant les campeurs sont de plus en plus connectés”, constate William Michel, régisseur du camping. Sans wifi publique gratuit, on est mal noté.”

Après le café, direction Migennes, une commune d’environ 7000 habitants. Une propriétaire a donné l’accès à son toit pour y poser une antenne directionnelle. L’objectif est de s’en servir comme relais pour le village de Looze, situé en face, par delà les champs. “Les gens font confiance à la campagne”, lâche Bruno. Cette confiance est le fruit d’efforts de pédagogie pour expliquer la démarche de Scani. Car des sceptiques, il y en a eus. “Certains pensaient qu’on trafiquait le réseau Orange”, raconte Bruno, amusé.

Au début les gens nous regardent un peu bizarrement, mais dès qu’ils voient leur connexion internet, ils ont la banane jusque là ! Et ça c’est le pied. (Alfred Urban)

Mais le temps a fait son oeuvre. Aujourd’hui, l’Yonne est un terrain de jeu pour eux, ils en connaissent les lieux insolites. D’ailleurs, à Looze, Alfred doit grimper dans le clocher de l’église pour changer d’antenne dans l’espoir de doubler le débit du wifi dans le hameau. “Il ne vaut mieux pas être là à l’heure de l’angelus !”, blague-t-il.

 "On fait aussi ça pour se marrer, sinon on n’aurait pas le cul dans la poussière toute la journée", Bruno Spiquel, adhérent de Scani. / © Baptiste Mezerette/FTV
“On fait aussi ça pour se marrer, sinon on n’aurait pas le cul dans la poussière toute la journée”, Bruno Spiquel, adhérent de Scani. / © Baptiste Mezerette/FTV

Alfred, lui-même, a vécu longtemps avec un débit internet quasi néant, à Champlay. “Quand j’arrivais du travail, j’allais directement ouvrir ma boite mail pour gagner du temps”, se souvient celui qui, un jour, a perdu patience et a sollicité l’aide de Scani. T’as l’impression d’être au Moyen-Âge.” Cela fait maintenant quatre ans que son quotidien a changé et qu’il s’investit dans la coopérative.

Scani n’équipe pas seulement des particuliers, mais aussi des entreprises ou des collectivités. Cet après-midi, Alfred se hisse sur les hauteurs de la pépinière familiale Naudet, pour remplacer l’antenne et gagner des megabytes. À l’horizon, des jeunes plants à perte de vue. Grâce à l’opérateur, sapins, feuillus, tilleuls, se retrouvent enfin sur un catalogue de vente en ligne. “Ce changement a un réel impact économique, on a gagné environ 20% de notre temps de travail, estime Pierre Naudet, l’entrepreneur. Puis, on peut imaginer bosser avec des logiciels de collaboration et s’échanger des fichiers.” Et oui, zones blanches et business ne font pas bon ménage.

Alfred, sur le bâtiment de la pépinière Naudet. / © Baptiste Mezerette/FTV
Alfred, sur le bâtiment de la pépinière Naudet. / © Baptiste Mezerette/FTV

En France, 6,8 millions de personnes sont “privées d’un accès de qualité minimale à internet”, selon une enquête UFC-Que Choisir. C’est-à-dire, qu’ils possèdent une vitesse de connexion inférieure à 3 Mb/s. Autrement dit, pour télécharger une simple photo, ils mettent 20 secondes, contre 2 secondes pour une connexion très haut débit (THD) de 30 Mb/s.

Vers la fin des zones blanches ?

Le gouvernement souhaite mettre fin à cette inégalité. Via le plan France très haut débit (PFTHD), lancé en 2013, il “s’engage à doter d’ici 2022 l’ensemble des territoires d’infrastructures numérique de pointe en offrant des accès au très haut débit (>30 Mbit/s)”. Une promesse irréaliste selon Bruno Spiquel : “Il y a ni la capacité financière, ni la capacité humaine, ni la capacité de câbliers pour la fibre optique.” Un constat appuyé par la Cour des comptes qui qualifie de “contestable” cet objectif, dans un rapport rendu public en mai 2018. 

Scani, lui, n’attendra personne. L’opérateur poursuit son petit bonhomme de chemin, avec pour projet de développer davantage la fibre optique dans l’Yonne, dans l’espoir qu’un jour, peut-être, les zones blanches soient définitivement rayées de la carte.

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