La télémédecine ne résout pas la désertification médicale mais peut grandement aider

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La télémédecine ne résout pas la désertification médicale mais peut grandement aider

CCF14 : A lire dans cet article, un argument que nous maintenons et partageons souvent .. “un tas de solutions technologiques pourraient arriver dans ces territoires ruraux. C’est pareil pour la dématérialisation : il faut s’assurer que tout le monde puisse y accéder” . En effet tout le monde  et surtout ceux qui ont des débits ADSL qui prohibent toute forme de dématérialisation !

Vice-président de l’Association des maires ruraux, qui tient son congrès, du 20 au 22 septembre à Eppe-Sauvage (Nord), John Billard, a lancé cette semaine un appel pour développer la télémédecine. Tout en reconnaissant que cela ne suffira pas à en finir avec les déserts médicaux, le maire du Favril n’en mise pas moins sur le développement des téléconsultations pour améliorer l’accessibilité aux services de santé.

 

Pourquoi lancez-vous cet appel en faveur du développement de la télémédecine et de la téléconsultation ? N’est-elle pas déjà autorisée ?

John Billard : Le retour d’un an d’expérience de la téléconsultation est en deçà des promesses : 60 000 téléconsultations contre 500 0000 attendues. Or on s’aperçoit, quand on creuse les chiffres, qu’une grosse partie de ces consultations bénéficient à des patients qui ont déjà un médecin : plus des deux tiers. En revanche, peu de patients qui en auraient vraiment besoin y ont accès et ce pour diverses raisons. Le tout à cause des règles trop nombreuses, trop contraignantes qu’a instaurées l’Assurance maladie pour rembourser les actes de télémédecine : avoir déjà vu un médecin dans année, justifier que votre médecin est surchargé, etc. La télémédecine ne règle pas le problème de la désertification médicale, qui renvoie au nombre de médecins disponibles, mais elle peut grandement aider. 

N’y-a-t-il pas une certaine méfiance envers cette pratique de la médecine à distance ?

John Billard, maire du Favril, vice-président de l’AMRF

La demande est en train de croître : on a vu au sein du mouvement des gilets jaunes et dans les cahiers de doléances, une revendication forte de nos concitoyens pour régler ce problème de l’accessibilité de la santé. Beaucoup de maires ont répondu favorablement à notre appel pour développer les téléconsultations et encore, nous n’avons sondé que les présidents d’associations départementales. Je lance moi-même, dans ma commune du Favril, une cabine de téléconsultation médicale qui ouvrira en octobre. Et à ma grande surprise, à quelques exceptions près, personne ne me dit que c’est une mauvaise idée parmi mes concitoyens. Il faut toutefois préciser ce qu’on met derrière le terme de télémédecine, entre le simple appel téléphonique et le diagnostic complet avec un médecin présent. La téléconsultation au Favril permettra de faire environ 80 % des actes sauf palpation, beaucoup plus que le simple appel téléphonique. On va changer de paradigme et chacun se dit que la téléconsultation est peut-être la solution. 

Quid de l’obstacle des territoires mal ou non desservis par le très haut débit nécessaire pour assurer cette télémédecine ?

Cela fait partie des raisons pour lesquelles il y a urgence à raccorder en fibre et en réseau mobile car un tas de solutions technologiques pourraient arriver dans ces territoires ruraux. C’est pareil pour la dématérialisation : il faut s’assurer que tout le monde puisse y accéder. 

Quelles autres mesures concrètes sont à prendre selon vous pour doper la télémédecine ?

Dans l’Agenda rural et ses 200 mesures présenté cet été, il y en a une qui a fait beaucoup parler mais qui est importante : que chaque médecin, sur ses six dernières années de formation, vienne en stage dans les territoires désertés. C’est une mesure à appliquer rapidement car il y a urgence : on va payer un jour ces non consultations forcées. On est déjà trop dans le curatif alors qu’il faut tout faire pour maximiser la prévention, ce qui permettra au passage de diminuer à moyen terme les coûts de santé et non pas de gérer uniquement les urgences. 

La téléconsultation doit-elle être un des services offerts par les nouvelles maisons de services publics, France services ?

Chaque territoire est spécifique : on ne peut pas appliquer un même modèle à tous les territoires. Si une MSAP France service propose une téléconsultation médicale, pourquoi s’en priver ? Dans ma commune, le service se trouvera dans ma mairie car mon projet est aussi militant, je veux montrer que les maires ruraux prennent en main ce sujet d’où cette cabine dans l’hôtel de ville. Mais le plus important reste le maillage territorial. 

Reste qu’en poussant autant sous les lumières la télémedecine, n’est-ce pas entériner le refus des gouvernements successifs de refuser toute coercition dans l’installation des médecins libéraux ?

C’est une vraie question. D’abord, on entend dire que la téléconsultation empêcherait les médecins de venir s’installer : c’est faux. On voit notamment des maisons de santé qui complètent l’équipe médicale par des espaces de téléconsultation. L’un ne vient pas remplacer l’autre, c’est complémentaire. Il ne faut pas opposer le numérique et le reste, mais voir comment numérique et téléconsultation peuvent aider les médecins à mieux exercer leur profession. Qu’est-ce qui empêche un médecin dans sa semaine de travail de réserver un moment de téléconsultation médicale ?

Après il est vrai que si on ne régule pas l’installation des médecins, on n’aura plus personne, y compris dans communes de 3 000 à 5000 personnes, pas uniquement dans les plus petites communes. Les pharmaciens, on arrive bien à organiser leur répartition… Il ne faut pas s’empêcher de réfléchir à comment organiser l’installation des médecins sur le territoire.

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