Un conseiller départemental du Calvados demande des comptes au président sur la situation alarmante du déploiement de la fibre optique

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Un conseiller départemental du Calvados demande des comptes au président sur la situation alarmante du déploiement de la fibre optique

CCF 14 :

Dans cette publication l’extrait d’une séance  du conseil départemental et de multiples questions posées par le conseiller départemental Bertrand Havard où nous apprenons les grandes difficultés du RIP Calvados quant au déploiement de la fibre optique en 2018. Non seulement les objectifs de déploiement imposés au délégataire Covage ne sont pas atteints mais les subventions du projet sont consommées bien avant que les résultats ne soient atteints. Quant aux ventes, le taux de pénétration y est toujours aussi faible (4%) malgré l’arrivée des grands opérateurs et la consommation d’une part importante du budget de communication du département. Et nos doutes sont cette fois confirmés, le réseau n’était initialement et techniquement pas prévu pour accueillir les grands opérateurs :  le département a du revoir à la hâte sa copie en 2018. Covage avait racheté Tutor Calvados, la DSP initiale ce qui avait permis d’effacer les dettes. Covage se retrouve dans une situation compliquée et comble de surprise…SFR rachète Covage ! 

 

 

Rapport analyse financière Covage Calvados

18/11/2019

M. le P. CC,

Ce rapport a retenu, comme chaque année, toute notre attention et j’avoue avoir trouvé la formulation de votre conclusion bien légère.

Vous nous dites que le retard accumulé devrait être inversé, que le volet commercialisation est contrasté, que le parc de clients peine à se développer et que les livraisons devraient s’accélérer jusqu’en 2021, ce qui devrait permettre à Covage Calvados de se rapprocher davantage de ses objectifs. Ces derniers termes signifient donc que, si Covage Calvados doit se rapprocher de ses objectifs c’est qu’il est déjà certain de ne pas les atteindre !

L’utilisation du conditionnel et l’euphémisme sont de rigueur !

Mais dans ce rapport sur l’analyse financière, votre conclusion ne parle nullement des aspects financiers alors que le rapport est lui-même très explicite sur le bilan catastrophique de notre délégataire pour l’année 2018.

Commençons par le plan commercial : le rapport du délégataire fait état de 900 clients fibre supplémentaires en 2018, portant leur total à 2 903, particuliers ou professionnels. Sur un total de près de 75 000 prises raccordables au 31 décembre, le taux de pénétration du marché global était alors de 3,9 %. On nous précise que ces valeurs sont encore très inférieures à l’objectif contractuel de 130 000 prises livrées en fin d’exercice, ou de celui, fixé par le délégataire lui-même dans son rapport de l’année précédente, de 8 400 prises mises en œuvre.

Moins de 4% de pénétration pour le marché global, c’est extrêmement faible et encore il s’agit du cumul des prises raccordées chez les professionnels et les particuliers. Quel est le bilan réel des prises raccordées chez les particuliers ? Le rapport n’en parle pas ! On apprend juste que le chiffre d’affaire issu des recettes liées aux services de « bande passante pour les particuliers n’est même pas à hauteur de la moitié de ce qui était prévu dans les prévisions. 22% au lieu de 50%…

Et pourtant nous avons abondé le budget communication sur notre propre budget départemental à hauteur de 150 k€. Une communication sans trop d’effet donc.

Je sais que vous allez nous dire que depuis l’arrivée des OCEN sur le réseau, les choses vont beaucoup mieux. J’imagine mais que de temps perdu. Ces fameuses armoires déployées aujourd’hui sont demandées depuis le début par tous les OCEN. Elles sont la condition indispensable à leur présence. Preuve évidente que l’offre initiale de Tutor n’était pas la bonne ; ce que nous avons toujours dit. Ces propos sont d’ailleurs confirmés par David BOTTE, directeur de Covage Normandie qui disait le 7 octobre dernier à propos des difficultés rencontrées lors de la reprise du réseau Tutor par Covage : « L’acquisition de l’entreprise et l’intégration des salariés n’ont pas posé de problèmes, mais la construction du réseau telle qu’elle avait été effectuée par Tutor reposait sur une architecture qui n’est pas du tout celle qui répond aux règles de l’art, ni aux besoins des OCEN (opérateurs d’envergure nationale – Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free, ndlr). » Et vous le reconnaissez vous-même parfaitement par l’expression de Xavier Charles cet été dans la presse qui disait, je le cite : « Le système envisagé n’a pas fonctionné. Les habitants des premières communes fibrées ne se sont pas abonnés. C’est pour cela que nous avons repris la main au conseil départemental. »

Quel constat ! Et quelle conclusion ! Le conseil départemental a repris la main… 8 ans après le lancement de la DSP !!! Cela se passe de commentaires !

Sur le plan financier, la situation est plus que préoccupante. La meilleure illustration est sans doute la dégradation importante de la capacité d’autofinancement de la société qui passe de -1,9 M€ en 2017 à -5,5 M€, soit une dégradation de189% ! Excusez du peu !

Les dotations aux amortissements sont en baisse, ce qui semble surprenant car l’augmentation du portefeuille client devrait s’accompagner au contraire d’une augmentation de la dotation aux amortissements. Vous voudrez bien expliquer ce paradoxe.

Le principal poste de charge reste l’assistance opérationnelle facturée par le groupe Covage à sa filiale. Elle connaît une nouvelle hausse et s’élève à 1,10 million d’euros contre 0,98 millions d’euros en 2017.

On comprend mieux cette situation en observant l’évolution du poste salaires et traitements qui, ajouté aux charges sociales, est passé de 115 000 € en 2016 à 9 000 € en 2018. Il n’y a donc plus de personnel dans la société Tutor. Notre délégataire est une coquille vide et tous les services sont remontés dans les frais de la maison mère Covage Calvados or nous n’avons aucun élément sur la santé financière de Covage ce qui parait indispensable aujourd’hui. Et cela d’autant que les Echos titrait le 25 février dernier « Fibre optique : Covage est en vente pour un milliard d’euros »

Je continue sur l’analyse financière : Des charges externes qui augmentent de près de 4 M€, soit + 161%, un excédent brut d’exploitation qui continue à plonger, passant de – 1,1 M€ à – 4,5M€ soit un déficit 4 fois plus important ! On nous dit juste que « l’augmentation de ces charges externes suit le déploiement du parc client ». Cela manque de précisions que vous voudrez bien nous apporter surtout que, parallèlement, le chiffre d’affaire lui n’augmente que de 40 %.

Pour autant, le groupe COVAGE n’oublie pas de se rémunérer, malgré les déboires de sa filiale :

–       Par la facturation de l’assistance opérationnelle : 1,10 millions d’euros en augmentation de 112 k€

–       Par la rémunération des comptes courants associés mobilisés par le groupe Covage : 1 million d’euros

Pendant ce temps, la société COVAGE Calvados Normandie enregistre des pertes colossales : -3,5 millions d’euros en 2018.

On voit qu’au passif les capitaux propres ont augmenté de 5,3% malgré la perte de 3,5 M€ surtout grâce au versement des subventions publiques pour 6,7 M€.

En bref, la société Tutor Calvados ne doit sa survie qu’au versement des subventions publiques. 58M€ versés sur les 97 prévus, soit 60% au moment de la rédaction de ce rapport alors que l’année dernière il était précisé que la libération des subventions se ferait en fonction des jalons contractuels au prorata du niveau de réalisation des objectifs. Or 75 000 prises sont affichées raccordables au 31/12/2018 au lieu des 130 000 prévues dans le contrat. Nous verserions donc les subventions sans que les objectifs soient atteints ?!?!

Enfin, quelle transparence dans cette analyse des comptes quand vous nous indiquez que « Les créances d’exploitation – dont le délégataire n’a pas communiqué le détail – ont augmenté de 12 millions d’euros.» 12 M€ de créances dont on ne sait rien ! C’est aberrant !

Pour conclure M. le P., mes  CC., je tiens à redire combien nous sommes d’accord sur la première phrase de ce rapport. En effet ce projet de réseau d’initiative publique à haut débit est le plus important projet d’aménagement du territoire porté par le Département et constitue un atout essentiel de développement. C’est pourquoi nous en suivons, avec les moyens qui sont les nôtres, l’avancée de la réalisation et la sécurité financière avec autant d’attention.

Je redis ici notre inquiétude quant à la santé financière de notre délégataire et je réitère la demande exprimée chaque fois de mettre en place une commission spécialisée pour nous impliquer aux côtés de vos services dans le suivi de ce dossier avec attention et vigilance autrement qu’en le noyant dans l’ensemble des dossiers des ports, du Mémorial et des bailleurs sociaux…

De plus, il conviendrait d’ajouter à cette analyse financière de notre délégataire, celle du délégataire de la communauté de communes Cœur Côte Fleurie qui n’est autre que Covage et auquel vous avez fait voter une subvention de 1M€ pour la mise à niveau de son réseau fibre.

 

 

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2 réponses

  1. admin dit :

    Bonjour,

    Merci pour votre commentaire. A quelles concertations faites vous référence, c’est à dire où, quand et dans quel contexte SVP ? vous faites allusions par exemple à des réunions publiques avec le département pour présenter la fibre de Covage ?
    Comme vous avez pu le lire dans la publication du conseiller du département M.Havard, le réseau de fibre du Département n’a pas été conçu pour accueillir les OCEN dès sa conception, d’où la nécessité d’investir dans des “armoires” pour accueillir et se conformer aux spécifications des OCEN, avec tous les surcoûts que cela engendre après coup.
    L’idée initiale était de déployer un réseau là ou les OCEN ne souhaitaient pas investir, initiative que notre association salue depuis toujours. Néanmoins il aurait été judicieux de déployer le réseau dans les zones blanches en priorité. Dans ces zones , les prises aurait été déployées et vendues à coup sur. Il y aurait certainement eu des pertes financières comme c’est le cas aujourd’hui, mais très certainement un taux de pénétration du marché supérieur au 4% actuels. En effet et comme déjà dit à moult reprise sur notre site déployer des prises de fibre optique là où globalement le réseau ADSL/VDSL fonctionnait bien n’a pas permis de séduire les usagers fidèles aux opérateurs historiques (et frileux pour ce genre de démarche très souvent jugée fastidieuse) aux profit des petits opérateurs empruntant le réseau de fibre du déployé par le département en DSP (Tutor / Covage ).

  2. PHILIPPE BOURGUIGNON dit :

    Bonjour,
    après concertation avec des utilisateurs internet lambda, je peux vous affirmer que si nous pouvions nous connecter à la fibre avec les OCN, il y aurait longtemps que cela serai fait.

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