Fibre : Patrick Drahi ou l’obsession de la propriété

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Fibre : Patrick Drahi ou l’obsession de la propriété

Source : La Tribune

 

Le fondateur d’Altice est en passe de réaliser un gros coup en mettant la main sur Covage, un des leaders des réseaux de fibre hors des grandes villes en France. Cette emplette illustre la volonté de Patrick Drahi de posséder au maximum ses propres infrastructures.

Être locataire des infrastructures des autres ? Très peu pour lui. Patrick Drahi le répète à qui veut l’entendre : le fondateur et chef de file d’Altice Europe, la maison-mère de SFR, cherche au maximum à avoir la main sur ses réseaux. C’est particulièrement vrai pour les réseaux de fibre optique, aujourd’hui en plein déploiement dans l’Hexagone. « Je ne veux pas être locataire sur le réseau des autres, insistait-il en juin 2016, lors d’une audition au Sénat. Ça ne me plaît pas. Je préfère être opérateur d’une infrastructure que je possède. »

Ainsi, SFR a longtemps déploré qu’Orange se soit taillé la part du lion dans le déploiement de la fibre dans les périphéries des grandes villes – ou zones dites « moyennement denses » (ZMD), qui regroupent près de 14 millions de locaux et habitations. Par le passé, l’opérateur historique et celui au carré rouge s’étaient partagés une grosse partie de la couverture de ces territoires. Orange avait glané 8 millions de locaux et habitations, contre 2 millions pour SFR. Après le rachat de SFR par Patrick Drahi, en 2014, ce dernier n’a eu de cesse de dénoncer ce partage, appelant à un rééquilibrage vis-à-vis d’Orange. Il n’a pas obtenu gain de cause. Mais le lobbying du fondateur d’Altice lui a permis, l’an dernier, de décrocher une proportion plus importante qu’avant des déploiements qu’il restait à attribuer en ZMD.

Dans les campagnes et les zones peu peuplées de l’Hexagone, la donne est différente, mais l’appétit de Patrick Drahi pour la fibre reste le même. Dans ces territoires, qui rassemblent près de la moitié de la population, des opérateurs d’infrastructures déploient des réseaux de fibre pour le compte des collectivités avec le soutien financier de l’Etat, dont ils louent ensuite l’accès aux opérateurs de détail. Dans ces zones, Altice s’apprête à réaliser un  gros coup. La semaine dernière, le groupe a annoncé qu’il était entré en négociations exclusives pour racheter Covage, un des plus gros acteurs de la fibre dans les campagnes, pour 1 milliard d’euros. Avec 800.000 habitations et locaux déjà reliés à la fibre, et 1,6 million supplémentaires qui le seront dans les prochaines années, Covage est rien de moins que le quatrième acteur français de la vente de fibre en gros.

L’opération paraît intéressante pour Altice, dans la mesure où sa dépense de cash semble limitée. De fait, cette emplette se fait via SFR FTTH, une filiale d’Altice France. Celle-ci rassemble les infrastructures fibre du groupe, en dehors des grandes villes. Patrick Drahi a créé cette structure il y a tout juste un an, pour faire rentrer des fonds à son capital (Allianz Capital Partners, Axa Investment Managers Real Assets et Omers Infrastructure). Ceux-ci ont alors déboursé 1,8 milliard d’euros en échange d’une participation minoritaire de 49,99% dans SFR FTTH. A l’époque, cette opération a permis à Patrick Drahi de faire rentrer de l’argent frais, tout en gardant la main sur la société.

 

Altice profite de l’appétit des fonds pour la fibre

En passant par SFR FTTH pour racheter Covage, Altice ne doit sortir « que » 465 millions d’euros. Les fonds, eux, doivent mettre le même montant sur la table. Et les 70 millions d’euros restants sont obtenus en endettant la filiale. « Au final, cette acquisition ne coûte quasiment rien à Patrick Drahi », juge un analyste financier spécialisé dans les télécoms, qui qualifie l’opération de « très bonne affaire »« Certes, Altice sort 465 millions d’euros, mais ils vont en récupérer la moitié, voire les deux tiers, rien que parce qu’ils vont construire les lignes remportées par Covage via des appels d’offres auprès des collectivités, explique-t-il. Enfin l’Ebitda de Covage sera colossal dans quelques années. On parle de 2,4 millions de lignes, dont le taux de remplissage va aller crescendo, et qui seront louées entre 12 et 16 euros par mois, avec un niveau de marge que Patrick Drahi attend au-delà de 80%. Je pense que, pour lui, cette acquisition était claire comme de l’eau de roche. »

Cette importante emplette a pourtant de quoi surprendre lorsqu’on sait qu’Altice était il y a peu au fond du gouffre. En 2017, le groupe a essuyé un exercice calamiteux, marqué par d’énormes pertes d’abonnés, des inquiétudes sur sa dette, et une dégringolade du titre en Bourse. Depuis, Altice a commercialement repris des couleurs. Mais Patrick Drahi a aussi, et surtout, pu profiter à plein d’une situation de marché – le très fort appétit des fonds pour les infrastructures télécoms – pour retrouver des marges de manœuvres financières, et finalement se renforcer dans la fibre.

 

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