6 juin 2020

Les déploiements de fibre optique ont fondu de moitié en mars à cause du confinement

Par admin

Source : BFM Business

Stéphane Richard, patron d’Orange et principal acteur des déploiements de fibre optique en France, alertait déjà sur la situation fin avril. (voir notre article du 2 mai)

“Il est évident qu’aujourd’hui, avec la plupart des chantiers qui sont à l’arrêt, on va prendre du retard sur le déploiement de la fibre. Comment cela pourrait-il être différent? Ce n’est pas de la responsabilité des opérateurs. On a aujourd’hui toute une filière (…) qui n’est pas en mesure de poursuivre ces chantiers. Donc, il y aura un retard, je ne sais pas le chiffrer aujourd’hui”.

Ce chiffrage, on commence à le percevoir. Selon le dernier observatoire publié jeudi par l’Arcep, le régulateur des télécoms, “l’impact de la situation sanitaire liée au Covid-19 s’est fait sentir lors de la seconde moitié du mois de mars, avec un rythme de déploiement affecté à plus de moitié”.

L’ampleur du retard sera connue au 2e trimestre

Et ce n’est qu’un début, puisque les déploiements ont été gelés également en avril et début mai. “L’ampleur complète de cet impact ne pourra être appréciée qu’avec les données du 2e trimestre 2020 lors de la prochaine publication de l’observatoire”, poursuit l’Autorité.

On peut donc s’interroger sur la capacité des opérateurs (et surtout de leurs sous-traitants, essentiellement des PME) à tenir les objectifs stratégiques du gouvernement en matière de très haut débit, à savoir 80% de couverture des foyers en 2022 et 100% en 2025.

La fédération InfraNum qui regroupe plus de 200 entreprises représentatives de l’ensemble des métiers de la filière des Infrastructures du numérique se dit ainsi “inquiète des conséquences de la crise sanitaire sur la santé des acteurs du marché, sur la tenue des engagements du Plan France THD et, in fine, sur la réduction de la fracture numérique”.

“Baisse d’activité et de rentabilité, surcoûts de production d’une prise fibre, menace sur l’activité de nombreuses TPE-PME… Face à la brutalité du choc, la filière fait face aujourd’hui à des problèmes qui persisteront malgré le déconfinement et qui risquent fortement d’altérer la tenue des engagements calendaires du plan gouvernemental”, ajoute InfraNum.

Le gouvernement ne veut pas revoir ses objectifs ambitieux

Du côté du gouvernement, on n’entend pas revoir les objectifs malgré le contexte. Auditionné au Sénat, le ministre de la Ville et du logement Julien Denormandie a prévenu que le Covid-19 ne pouvait être utilisé comme “prétexte” pour justifier d’éventuels retards de déploiement, à l’exception de retards “dûment justifiés”.

A titre d’exemple, Orange a rendu raccordables 63% des locaux des communes sur lesquelles il s’est engagé, et SFR 68%.

“Dès que nous pourrons reprendre un rythme de production normal des raccordements, on le fera. On n’a aucunement l’intention d’abandonner les engagements qui ont été pris à ce titre”, abondait Stéphane Richard sur BFM Business. 

La bonne nouvelle, malgré le ralentissement mécanique dû au confinement, les déploiements ont conservé un rythme très élevé au premier trimestre. Toujours selon l’Arcep, entre janvier et fin mars, environ 1,2 million de locaux supplémentaires ont été rendus raccordables à la fibre, soit environ 27% de plus que sur la même période de l’année précédente.

Et au 31 mars, 19,6 millions de locaux étaient éligibles aux offres de fibre optique, soit une hausse de 35% en un an.

La question est désormais de savoir comment les acteurs du déploiement, notamment les sous-traitants, vont sortir de cette crise. Sans ces partenaires des opérateurs télécoms, le retard risque encore de s’accumuler au 2e trimestre, éloignant la possibilité de tenir les objectifs ambitieux du gouvernement.

Rappelons qu’à date, le taux de couverture de la fibre en France est de 39% avec de très fortes disparités: 84% en Ile-de-France, contre 28% en Bourgogne-Franche-Comté.

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